BEAUTÉ CADAVÉRIQUE

Les goûts et les couleurs ne se discutent pas ? On va quand même le faire. À propos de ces vernis à ongles opaques déclinés en bleu, gris, kaki… Ils persistent depuis quelques saisons. Ils signent presque. Forcément. Les arguments marketing ont fini par imposer la tendance. Après avoir présenté les collections «Rock» pour justifier les verts, les bleus, les anthracites, les cosmétiques ont proposé les «Nude», des vernis couleurs «chair», «peau», «naturel» pour des beiges, des gris, des taupes. Aujourd’hui, on est passé au «Low Nail», des couleurs «délicates», «minimalistes», «douces» qui permettent de vendre… des beiges, des gris, des taupes. Belle opération. Sans oublier le kaki qui se glisse toujours dans tout cela.

Certes, la mode doit innover, oser, tenter. Les bureaux de style et les marques ne ménagent pas leur peine pour renouveler le genre. Parfois, cela bouscule nos principes et notre garde-robe avant d’être accepté. C’est le jeu. Avec une règle tout de même : mettre en valeur. C’est là que le bât blesse. Ces vernis nude ou low nail ne jouent pas ce rôle. Ils s’accordent peut-être parfaitement aux sacs à main, mais encore mieux aux peintures murales. Une fois posés et secs, leur texture est «délicate» comme du plâtre. Enfin, et surtout, ils sont tellement «minimalistes» qu’ils sont aussi tristes que la crise. Faut-il que nous devions à ce point éviter tout signe d’éclat que même nos ongles soient contraints de passer par la case camouflage ou discrétion ? Se fondre dans le décor ou le corps ? Dommage. Les ongles aux couleurs vives crient le glamour, ceux aux couleurs profondes créent le mystère, ceux qui jouent sur les transparences donnent envie d’être déshabillée. Un vernis, c’est la touche de féminité qui s’impose même en jean basket et qui séduit même en peignoir. Mais peut-être est-ce là le problème. Trop de plaisir, trop de désir, trop de légèreté. Le terne nous va si bien. Surtout en ce moment. Reprendre des couleurs, quelle idée...

Marie Veyrier