RORO LE HÉROS

Dans ma chambre, jungle d’adolescent, il y avait des machettes, des armes de jet, des plumeaux de parade, un petit éléphant en pierre de savon qui venait du Gabon... Bref, je m’étais retrouvé dépositaire d’objets ethniques africains, rapportés dans les années 1950 par mon grand-oncle, mythifié dans la famille. En effet, il s’était embarqué à seize ans comme télégraphiste sur un cargo, avait vécu dans la savane, s’était retrouvé à côté d’un lion… 

A son retour en France, il avait ramené un guépard, abandonné par la suite au Jardin des Plantes, et un perroquet totalement muet, mais doté d’une longévité étonnante puisqu’il lui survécut. De quoi me fasciner et me faire rêver d’aventures. 

Je me suis mis à dévorer les «Bob Morane», héros de mon enfance, accompagné de son fidèle «alcoolyte» Bill Ballantine, éponge à Whisky. Ces deux impétrants voyageurs poursuivant l’ombre jaune à travers le monde n’avaient qu’une concurrence sérieuse : Bond, James Bond. Je me voyais déjà en Roro ce héros. 
Pourtant à l’annonce d’un élargissement familial qui me contrariait, ma chambre devint un théâtre d’aventures guerrières et d’expéditions punitives : inondation de la moquette par perforation d’un radiateur en fonte, grâce au tir bien ajusté au harpon. Puis, destruction de l’encadrement en mousse de mon lit design années 70, à l’arme de jet Matakam. Seuls les murs furent insensibles à mes attaques de fléchettes, clous, punaises, sagaies. 

Plus tard, la collection des ouvrages d’aventure reléguée à la cave, l’enthousiasme se porta sur les statues africaines, chinées aux Puces tôt le samedi matin de façon compulsive. Ensuite des échanges avec des collectionneurs… Jusqu’à partir pour la Tanzanie, l’Inde, le Sri Lanka. L’Aventure à tout point de vue !

Aujourd’hui, je suis toujours prêt à m’envoler pour un pays étranger. Mais je ne serai jamais ancien pilote d’essai, ni conducteur d’une Aston Martin. Néanmoins je manie habilement le scalpel puisque je suis devenu chirurgien ! 

Bruno Lancelot. D'après le témoignage de R.S.