FLEURS EN SÉRIE

Le parfum. Ce «sillage de désir», comme l'écrivait Christian Dior, qui laisse derrière chaque personne une empreinte, un souvenir; cette essence qui s’échappe différemment de chaque peau et signe une présence, une émotion. Cette touche personnelle que l’on recherche, essaie, adopte… Cette partie de soi. Pourtant. Le parfum est devenu une telle industrie que toute son exception est en train de s’évanouir dans les vapeurs des enjeux économiques. 

Cette prolifération fait naître la désagréable impression que créer un parfum ne demande pas une recherche lente et minutieuse pour trouver la combinaison olfactive qui le rendra si particulier. Ternie l’image du «Nez» qui, dans son laboratoire, expérimente différentes extractions et associations pour révéler les plus belles notes de tête, de cœur et de fond. Aujourd’hui, les rayons regorgent de fragrances aussi neutres que leurs noms. Comme si le va et vient incessant des "Miss", l’évocation d’une simple fleur –Vanille, Violette– ou la déclinaison d’un mythe en «Mademoiselle » et «Noir» allait suffire à chatouiller les narines. Les Maisons en viennent même à revoir les catégories : Opium est proposé en eau de parfum, eau de toilette et, depuis fin février, en vapeurs de parfum. Le brouillard n’est pas loin. 

Mais le pire n’est pas là. Il est dans la loi du marché qu'il doit par conséquent lui aussi appliquer. Les parfums qui se vendent moins disparaissent sans préavis. Du jour au lendemain, on se sent volé(e). Tout simplement. Un crève-coeur comme en témoigne encore Deci Delà de Nina Ricci, pour ne citer que lui et les orphelins qui le recherchent désespérément sur le web. Quant à «Nu» de Yves Saint-Laurent, il a disparu environ quatre ans avant de réapparaître sous un autre flacon. Façon de jouer avec nos sens ? 

Heureusement, il reste les emblématiques. Quoique. La Commission européenne ne faisait-elle pas trembler tous les fabricants et les clients en déclarant, début novembre, vouloir se pencher sur les ingrédients allergènes présents dans certaines compositions comme Chanel n°5 ou Dior Addict ? On nous assure qu’il n’en est rien. Qu’il s’agit juste d'engager des consultations avec l’industrie de la cosmétologie. Ça ne sent quand même pas très bon.

Bianca Alberti