PRATIQUES BIZARRES

«2013, année de la baise !» C’est donc sous le signe de la plus grande délicatesse que l’une des rimes de l’année a été trouvée. Si elle semble promettre de belles galipettes, elle ne peut empêcher certains d’y voir le 13, chiffre de malheur. Cela dit, quelle idée de croire à ces âneries. Sauf que la superstition est un peu comme une peur contre laquelle on ne peut rien. Il y a la phobie hystérique des souris, celle épidermique des araignées et celle inexpliquée du pain posé à l’envers. Faut-il pour autant la mépriser? Si l’on est honnête, nous avons tous en nous un petit quelque chose de superstitieux. Que celui qui n’a jamais dit «je touche du bois» ou «on ne croise pas les verres et on se regarde dans les yeux», jette la première pierre! Au quotidien et l’air de rien, les superstitions sont partout. Et le chiffre 13 en est une très belle illustration : pas de rangée 13 dans certains avions, pas de bouton 13 dans certains ascenseurs, pas de chambre finissant par 13 dans beaucoup d’hôtels… Mais est-ce si grave? 

Immanquablement, elles obligent à des comportements ridicules : jeter du sel par dessus son épaule, faire un détour pour éviter une échelle… Mais de cette façon, les superstitions continuent d’exister et, si l’on creuse un peu, de témoigner d’héritages culturels. Pourquoi croiser un chat noir porte-t-il malheur? Parce qu’au Moyen Âge, le chat était l’un des plus grands vecteurs d’épidémie. On ajoute le noir, couleur des sorcières. On finit avec Napoléon qui, dit-on, croisa un chat noir la veille de sa défaite de Waterloo et le tour est joué… Tout est imprégné d’une référence. 

Les superstitions pourrissent la vie et c’est pour ça qu’on ne les aime pas ? Toujours est-il qu’elles ont permis de grands challenges. Christian Dior, pour ne citer que lui, a décidé d’accepter d’ouvrir une maison de couture à son nom car le jour précédent son rendez-vous avec les investisseurs, tout à ses doutes dans les rues de Paris, il a trouvé sur le trottoir une petite étoile en métal, vestige d’une plaque d’égout. Il y a vu un signe positif. Il s’y est fié. La suite, tout le monde la connaît. L’histoire est vraie et encore plus jolie avec cette anecdote. La superstition, mère de petits contes de fées? Heureux les superstitieux.

Marie Veyrier