GRILLÉS

Les riches n’ont tellement plus la cote qu’espérer empocher un peu, beaucoup, à la folie de l’argent relève de la stupidité la plus absolue. Les dernières publicités du Loto font même passer le message : «La vie de gagnant réserve parfois quelques surprises». Les surprises en question? Une voiture de sport tellement basse que vous n’arrivez plus à attraper votre ticket de parking sans abîmer la porte ou gêner le passage… Une voiture (encore) de luxe biplace qui vous fait regretter, avec votre copilote, de ne pouvoir prendre une superbe autostoppeuse sortie de fantasmes stéréotypés mais irrésistibles… Une grande piscine mais inutile puisque vous vous retrouvez seul et dépité sans vos potes qui, eux, travaillent… Entre passer pour un sombre crétin ou un malheureux, on préfère au final en rester à son petit porte-monnaie, être riche de ses amis ou vivre d’amour et d’eau fraîche. Trop bien.

Allez, ça suffit. Personne ne cracherait devant un petit pécule supplémentaire et inattendu qui permettrait de voir venir et de ne rien s’interdire. Et si cela n’est pas possible pour la plus grande majorité, les super cagnottes du Loto et autre Euromillions nous laissaient jusqu’à présent, le temps d’une journée, imaginer les plans les plus extravagants. On se voyait presque, comme dans les anciens spots, enfiler le costume du poussin pour dire «au revoir, au revoir Président», se prélasser sur un matelas pneumatique en déclarant «Il y a une justice quand même !» On était insouciant, tout sourire, tout «délire»… Et si la fortune n’allait pas sonner à la porte, ces petites évasions s’annonçaient comme des parenthèses enchantées. Sans compter que les conversations pouvaient entraîner des gens qui ne jouaient pas. Une sorte d’unanimité plutôt sympathique et incongrue surtout quand on se rappelle le sujet controversé : en avoir plein les poches! Mais adieu veau, vache, cochon. Rêver d’être riche ne fait plus rêver. Quoi d’autre en stock ?

Bianca Alberti