17 MINUTES

C’est le genre d’œuvre que l’on découvre à l’école. Celle que les maîtres et maîtresses ont pour mission de faire aimer tout en expliquant le côté expérimental. Sauf que, trop jeune, on entend souvent une seule et même boucle musicale reprise pendant dix sept minutes par des instruments différents. C’est donc le genre d’œuvre à côté de laquelle on passe. Et puis un jour, elle vous atteint en plein cœur. Le Boléro de Ravel.

On se rend compte qu’il nous a accompagné pendant des années. Pas en musique d’attente ou dans les ascenseurs. Le Boléro a été épargné de ces sacrilèges qui ont  gangrené de beaux classiques comme les Quatre Saisons de Vivaldi. Mais publié pour la première fois en 1929, le Boléro est encore une œuvre protégée jusqu’en 2016 en France. La façon dont il est devenu une berceuse, un hymne ou un repère est donc plus subtile. Certainement ce tambour qui, du début jusqu’à la fin, donne le ton alors qu’il ne change pas de rythme lancinant sauf dans l’envolée finale. Incomparable et inimitable.

Le ton ? Le Boléro de Ravel est une alchimie parfaite entre tranquillité, tension, puissance, mystère, force, magnificence. On y entre en douceur, on le laisse porter et on finit transporté. C’est une répétition qui ne se répète pas. Un tempo unique qui donne pourtant l’impression d’accélération et de ralentissement. Ça se suit mais ne se ressemble pas. Un peu comme nos jours ? Certainement comme ils pourraient l’être en tout cas.

Si le quotidien nous semble insipide, le Boléro de Ravel nous raconte comment avec peu d’éléments, un recommencement peut être un commencement, un leitmotiv peut être une évolution. En fait, il raconte presque comment la vie, sous ses airs de suite sans fin, peut s’enrichir continuellement. En dix sept minutes. 

M.V.
 
• Réécouter le Boléro de Ravel
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