ESCROQUERIE

On le dit, on en parle mais pas assez fort. Et nombreux sont ceux qui ne savent pas que le «Made in» est parmi les plus belles arnaques contemporaines. 

Que signifie exactement cette certification? Selon le Code des Douanes, qu’«une marchandise (…) est originaire du pays où a eu lieu la dernière transformation». En clair, les boutons d’un jean ont été fabriqués en Thaïlande, le tissu a été coupé et teinté en Turquie mais les deux ont été assemblés en Espagne ? Le jean sera étiqueté «Made in Spain». Logique. Il nous avait échappé que l’assemblage était l’étape la plus significative, la réalisation n’étant qu’un détail.

Heureusement, pour certains produits, ce qui prédomine est le pays «représentant un stade de fabrication important». Mais les critères d’évaluation sont traités selon les cas, rendant cette estimation très floue. Quant aux enjeux économiques, ils restent sans nul doute déterminants. Les avions par exemple. Airbus assemble certains de ses appareils en Chine mais, dans ce cas, les présente comme sortant d’usines européennes. Formidable.

Derrière cette embrouille internationale et lamentablement officielle, le consommateur est le grand dupé et le grand perdant. Pouvoir d’achat pour commencer. En estampillant une paire de souliers «Made in Italy», le producteur jouera honteusement sur la bonne réputation de ce pays pour gonfler ses prix. Alors que le client pense acheter «qualité du cuir» ou «atelier spécialisé dans la confection de chaussures», il s’offre «coutures vite faites» et «matières fragiles» d’un autre territoire.

Les répercussions ne sont pas que dans le porte-monnaie. Imaginez : mettre toute sa vigilance en choisissant des «made in…» pour éviter des produits toxiques, lutter contre les usines exploitant les enfants, défendre le développement durable… Et faire tout l’inverse sans le savoir. A priori, qui peut garantir que ce n’est pas le cas ?

Bien sûr, les gouvernements réagissent. Un peu.
Alors messieurs les patrons de grandes maisons ou grands groupes, tandis que vous engagez, à juste titre, un large combat contre la contrefaçon, ne pourriez-vous pas également faire pression pour imposer une norme claire qui serait, n’en doutons pas, tout à votre avantage ? À moins que là aussi, ce soit la même histoire depuis longtemps…

Bianca Alberti
 
 
• Merci à Anne Petrequin pour les extraits de son oeuvre "Trame des Made in". Ici, de Salzburg à Zaragosa. De l'Île de Groix au Bangladesh.