CHAMBRE AVEC VUE

Ma chambre paraissait toujours étonnamment ordonnée et spartiate aux nouveaux visiteurs qui y entraient. Et pour cause ! En tant que fille de militaire, la déformation professionnelle de mon père était passée par là. Mais surtout, à cause de ses affectations à l’étranger tous les deux ans, le maître mot était «garder l’essentiel» et dire adieu aux maisons de Playmobil ou autres jouets volumineux qui ne rentraient pas dans les cartons de déménagement.

Ce fut un véritable déchirement la première fois à sept ans, j’avais plutôt le gène du bazar dans le sang et comme passion l’accumulation de choses inutiles. Mais en grandissant je devins vite la pro de la mise en ordre efficace et du détachement vis-à-vis de mes jouets. Je monnayais mes services de rangeuse professionnelle auprès de mes copines, contre carambars et malabars. J’en eus vite un sacré stock, ma réputation me précédant… J’avais même pris l’habitude de crâner devant elles avant chaque départ au long cours, me fendant avec bravoure d’un regard «même pas mal» en leur refourguant mes jouets sacrifiés !

Il faut dire aussi que ma mère avait une méthode infaillible pour nous embobiner mon frère et moi,  celle de nous faire  rêver à ces pays inconnus qui nous attendaient… On ne pouvait que s’incliner face à ses arguments pré-départ «Bon, les enfants, d’accord vous avez dit adieu au  mécano et aux Barbies, MAIS il y a  une vraie gazelle dans notre jardin à Djibouti». Elle était heureusement bien renseignée, il ne s’agissait pas de trahir nos attentes. Je passais en effet plus de temps à essayer d’amadouer la fameuse gazelle au cours de ces deux années qu’à jouer dans ma chambre.

Il y eut par la suite beaucoup d’autres destinations fascinantes qui remplacèrent à mon grand émerveillement les jouets de mon enfance. Aujourd’hui ces expériences m’ont donné le goût de la bougeotte et des intérieurs minimalistes ! Depuis vingt ans je vis entre Londres et Paris et rêve d’Asie. Il n’en reste pas moins que la petite fille que j’ai été n’a jamais pu se séparer de son nounours, compagnon de mon enfance nomade. Il trône toujours fièrement sur mon lit. Et il fait bon le retrouver à chaque retour de voyage.

Stéphanie Norris d'après le témoignage de Denise M.