GARDER LE MASQUE

Février et ses carnavals. De Venise à Rio en passant par Nice ou Dunkerque. Quelle incroyable frénésie ! Quel mystère également… Tous ces gens qui, derrière un masque ou un costume, laissent éclater une certaine allégresse, se mélangent sans se connaître, se fondent dans la masse tout en se faisant remarquer... Cela dit, nous pourrions tous profiter d’un tel moment d’extravagance si nous n’avions pas mis aux oubliettes notre «Mardi Gras» ! Il y a encore quelques années, certains courageux osaient toujours se balader dans des tenues incongrues pour le plus grand amusement des passants. Mais aujourd’hui, mardi gras a revêtu son habit de tous les jours pour se mêler aux autres mardis.

Pourtant, il suffit de voir le succès des soirées «à thème» ou déguisées, la folie récente pour les "Cosplays" (Costume Playing), les souvenirs indélébiles d’euphorie que cela laisse pour reconnaître que nous aimons ça. Nous adorons nous «lâcher» et heureusement ! Porter le costume est l’occasion d’endosser une nouvelle identité, essayer ce que l’on n’ose tenter habituellement pour des raisons de timidité, de principes ou de stature. Magnifique exutoire. Quant au carnaval, il est depuis toujours le moment programmé où défoulement et transgression sont possibles et permettent de mieux supporter les périodes austères. C’est d’ailleurs l’origine de notre mardi gras : la dernière fête avant le Carême et ses quarante jours de jeûne !

Est-ce cette origine religieuse qui a joué dans sa disparition ? Après tout, nous sommes un pays laïc. Cela ne nous empêche pourtant pas de profiter des œufs en chocolat à Pâques – issus du même Carême –, du jour férié le 15 août et des cadeaux à Noël. On ne boude pas tous les plaisirs… Alors quoi ? Les débordements attachés à ce genre de manifestation ? Indéniablement. Mais cela ne devrait plus être une punition puisqu’aujourd’hui, les manifestations de toutes sortes ont leurs débordements. Qu’importe, on continue d’ignorer mardi gras, lui préférant des substituts pas très efficaces comme Halloween.

Dommage. Car nous méritons bien un mardi gras. Nous honorons, depuis plusieurs mois une période de grande rigueur. Sauf qu’elle ne s’appelle pas Carême mais Crise et n’a pas de durée limitée. Le 12 février, on devrait pouvoir s’accorder une pause.

Marie Veyrier


• Une pause ? L’Acharnœur vous donne rendez-vous pour fêter mardi gras le 12 février au bar/restaurant "la Piscine Saint-Louis", 2 rue Juliette Dodu 75010 Paris, à partir de 18h.  L’Acharnœur offre les masques. Tenues costumées bienvenues évidemment… Infos à suivre!