MAISON DE POUPÉES

Mon truc, c’était les cabanes dans ma chambre. Pas grand-chose… Un drap entre le lit et la bibliothèque, quelques coussins, un ou deux jouets me suffisaient pour créer une ambiance et m’inventer des histoires. Un jour, je me suis planquée tout simplement derrière le rideau de ma fenêtre, avec toutes mes poupées et mes peluches, pour jouer «à la maîtresse». C’est alors que j’ai regardé par la vitre. Ma chambre donnait sur la cour intérieure de l’immeuble et je pouvais voir tout ce qui se passait chez les voisins. Bonheur ! Je venais de découvrir une espèce de maison de poupées géante ! Je n’avais plus à bouger les personnages, ils s’animaient tout seuls. Il ne me restait plus qu’à imaginer ce qu’ils s’apprêtaient à faire… Bien sûr tout le monde ne donnait pas accès comme ça à sa vie privée. Mais j’avais de quoi m’occuper ! Avec une parfaite innocence… Je ne me cachais pas. Mes voisins, que je connaissais pour la plupart, m’adressaient même des coucous, amusés par ce «voyeurisme naïf».

Puis j’ai grandi. Mes parents m’ont emmenée voir «Fenêtre sur cour» d’Alfred Hitchcock  au cinéma. Le choc ! Et une frousse totale… Je pris conscience qu’observer les autres pouvait être gênant. Surtout, je réalisais que, comme le héros du film, je pouvais être témoin de quelque chose d’affreux et devenir la proie de méchants criminels qui m’auraient vue… Je quittai sur le champ mon poste d’observation.

Est-ce que cette petite manie m’a quittée pour autant ? Pas complètement ! Quand je fais la vaisselle, je ne peux m’empêcher de regarder par la fenêtre, au-dessus de l’évier, ce qu’il se passe en face. Quand je prends le bus ou que je suis en voiture, je lève la tête, regarde «par les fenêtres» des immeubles et laisse mon esprit s’évader au gré d’un éclairage, un mouvement, une décoration. Petite rêverie qui permet de me vider la tête avant de retrouver tranquillement mon chez-moi… et de tirer les rideaux !

B.A. d'après le témoignage de Chloé  O.