INSTINCT DE CONSERVATION

Vive les parabènes! Au moins, c’est dit. Mais compte tenu des différentes polémiques ces dernières années, une telle affirmation peut choquer. Pourtant…

Petit retour en arrière. Les parabènes sont des conservateurs utilisés depuis presque un siècle dans certains produits alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques pour leur action anti-bactérienne et anti-fongique. Pour éviter moisissures et infections donc. Et ils font très bien leur travail ! Mais le 3 mars 2005, l’émission «Envoyé Spécial» met le feu en présentant une étude* dont les conclusions évoquent l’hypothèse d’un lien entre parabènes et cancer du sein. Il s’agit d’une hypothèse. Et si, entre-temps, aucune autre étude n’a pu confirmer de manière absolue cette relation de cause à effet, trop tard : la peur collective s’est installée. Depuis, on parle également de problèmes d’allergie, de vieillissement de la peau, de stérilité masculine… Un vrai festival ! 

Est-ce que tout est faux ? Non. Des allergies existent, comme pour tout, à commencer par les aliments. En ce qui concerne les autres allégations, de multiples facteurs (quantité, catégorie, usage, application, combinaison…) sont à prendre en compte et ce n’est pas aussi simple ou catégorique. Peu importe. Cela suffit pour fuir les parabènes comme la peste – surtout en cosmétologie – et essayer régulièrement de faire passer des textes de loi pour les interdire totalement. 

Mais dans ce cas, on met quoi à la place ? La question essentielle souvent éludée…
Des formules à base d'huiles végétales et/ou huiles essentielles ? Une alternative qui ne peut malheureusement pas être intégrée dans tous les produits. L’Alcool Benzylique ? Il peut aussi créer des allergies. L’Acide Dehydroacétique ? Autorisé sous certaines conditions encore floues. Le Methylisothiazolinone ? Il provoque déjà de l’eczéma. Bref, on remplace les parabènes par des conservateurs sur lesquels nous avons encore moins de recul, moins d’études, moins de visibilité. On se hâte sans réfléchir. On se met sur la figure et sur le corps des produits peut-être plus nocifs ! Même certains pharmaciens commencent à calmer le jeu, vous glissant discrètement à l’oreille : «Mais vous savez, les parabènes ne sont pas si mauvais que ça…». Et quand on sait que les produits «sans» sont plus chers que ceux «avec», ce n’est pas dans leur intérêt. Alors, ce serait pour le nôtre ?
* de Philipa Darbre de l’Université de Reading

Bianca Alberti