AU NOM DU PÈRE ET DU FILS

Amanda Sthers a gagné. Les propos de Johnny Hallyday qu'elle a recueillis pour une «autobiographie»*, dont elle a eu elle-même l'idée, font réagir. Et pas uniquement sur Adeline, l'ex-épouse de l’ex-«idole des jeunes». Sur David aussi, en ce qui nous concerne...

Comment un père peut-t-il parler ainsi de son fils ? Publiquement qui plus est. Dans ce livre, Johnny lui reproche clairement d'avoir été «élevé dans le confort», d'avoir été «heureux» – un comble – et décrète que cela ne fait pas un rocker, seulement un chanteur qui «ne sait pas vraiment quoi faire de son talent» même s'il reconnaît en lui «un grand artiste».

Qu'il faille en baver pour avoir «la rage au ventre», Johnny en sait effectivement quelque chose. Mais lui, dont le propre père irrécupérable a notamment contribué à sa galère d'enfance, que ne s’est-il demandé si sa propre absence vis-à-vis de David n’a pas été pour son fils une autre façon d’en baver, même dans l'aisance d'une adolescence dorée ?
Et que ne s’est-il demandé si David, en quête d’une reconnaissance à laquelle il a pu croire un moment, notamment avec l’album «Sang pour sang» qu’il a entièrement composé, ne se sentirait pas trahi par de tels propos à son encontre ? Pire, que de tels propos pouvaient remettre en question toute une existence, celle que David «en étant le fils de», condition de vie qui peut en faire baver autrement mais pas légèrement, a cherché à se construire ? 

Johnny serait donc le seul habilité à pouvoir revendiquer la rock'n'roll attitude en raison de ses débuts douloureux dans une vie qui, par ailleurs, a su aussi le gâter ? Il serait le seul à pouvoir définir le degré de souffrance qu’il faudrait subir pour avoir assez «de rage au ventre» ?  
Ce qu'il oublie, Johnny, c'est que le malheur, à force d'être présenté comme un alibi, devient une complaisance, alors que le bonheur, à force d'être lancé comme un reproche, devient un talent rare. Et ce talent-là, il est probable que son fils l’ait davantage que lui. 

* «Dans mes yeux», éditions Plon

M.A.