DANS LE VENT

12 juillet 1998. Champs-Élysées. L’équipe de France vient de remporter la Coupe du Monde de football. C’est l’euphorie. Et pour le dire, une explosion de drapeaux français colore la plus belle avenue du monde. Expression de fierté et de rassemblement autour d’une équipe à l’image de son pays : pluri-culturelle. 

PAS LA MÊME HISTOIRE DEPUIS 14 ANS

14 ans plus tard, ce n’est plus la même histoire. Mais que s’est-il passé pour que notre drapeau suscite tant de polémiques et que certains soient presque à refuser de l’arborer ? Nous ferait-il honte ? Aurait-il perdu de son sens ? Il faut dire que les valeurs républicaines dont il est le symbole ont malheureusement été récupérées ou dénaturées politiquement de toutes parts et selon les intérêts de chacun. Il est du coup de plus en plus perçu comme symbole de valeurs extrêmes.

Seulement, un drapeau, c’est aussi le porte-parole d’un état d’esprit. En 1858, lorsque Delacroix peint cette femme aux seins nus tenant haut la main notre étendard, il peint notre liberté, notre affranchissement et notre détermination. Le drapeau français témoigne aussi de notre identité culturelle. C’est la littérature, la mode, l’architecture, la gastronomie, l’art. Notre tendance à ne pas faire comme les autres et à le revendiquer. Notre côté obstiné, autonome, authentique. Notre subtil mélange de terroir et de sophistication. Bref, un feu d’artifices d’empreintes démocratiques, intellectuelles, sociales, humaines. Beaucoup de choses au final derrière ces 3 simples bandes ”bleu blanc rouge”. Probablement trop. On ne les ressent pas.

AL'APPEL DE JEAN PAUL GAULTUER

Le problème est peut-être alors esthétique… Vision superficielle qu’on ose à peine suggérer mais qui se pose quand on voit ce que certains pays ont fait de ces mêmes trois couleurs. Avec ses 50 étoiles, le drapeau américain rend hommage à ses états mais respire également le glamour. Avec ses bandes asymétriques, le drapeau du Royaume-Uni évoque le rassemblement de l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande mais également le côté complètement rock’nroll de cette île. Et on aime. On les porte. Même en tee-shirt ! Doit-on donc faire appel à Jean-Paul Gaultier pour lui confier notre drapeau et voir ce qu’il lui inspire ? On serait alors bien capable de l’assumer en robe, sac, veste. Peut-être même en pantalon. Une petite révolution. Ça ne vous rappelle rien ?

Virginie Achard