AUX LARMES, CITOYENS!

Une goutte qui coule le long de la joue, traçant son propre chemin. Jamais le même parcours. Jamais la même histoire. Elle s’appelle larme et n’a pas bonne presse. Parce qu’elle ne peut être que le signe de faiblesse, de colère, de dépression, d’hystérie, de tristesse, de trop de joie. Parce qu’elle ne peut être que l’expression d’une émotion incontrôlée. Et ça ne se fait pas. Montrer ses émotions. Pire, ne pas les contrôler.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Mais il s’accentue. Même aux enterrements, on a de plus en plus l’impression que les larmes ne sont autorisées qu’à certains moments et à certaines personnes. Une sorte de bonne conduite. Et que dire quand seul(e), on ne se permet même plus ce laisser aller, et ainsi évacuer, ce qui nous touche ? Mais où va-t-on ?

Ok, ne pas pleurer, c’est être solide. En ce moment, c’est essentiel. Beaucoup d’adversité ou de coups durs et les plus résistants sauront s’en sortir. Quelle ineptie ! C’est même se mettre complètement le doigt dans l’œil ! Cela dit, la douleur pourrait tirer une larme aux plus réfractaires. Hélas, ils n’en saisiraient pas l’intérêt puisque la larme «d’irritation» n’est pas la même que celle de l’émotion. Cette dernière ne coule pas pour rien. Elle est concentrée en protéines et en hormones –d’où la femme plus sensible aux pleurs que l’homme– comme la leucine encéphalique et l'orticotrope (analgésiques naturels). Elle contient même des béta-endorphines ! En gros, si pleurer peut parfois être paralysant –impossible de parler, de bouger, de respirer…–, c’est après que ça passe et que ça se passe : plus calme, dégagé de toutes tensions ou excitation, on reprend ses esprit. Parfois, on y voit même plus clair. Quel bonheur!

Mais toutes ces théories scientifiques auront du mal à s’imposer face au diktat culturel. Alors disons-le simplement : pleurer, c’est beau. C’est être vivant. C’est oser. C’est une façon de crier haut et fort ce que l’on ressent, à soi-même pour commencer. C’est se souvenir aussi de moments importants. Pleurer, ce n’est pas se libérer mais se sentir libre. Trop facile ? Commençons par réapprendre à chialer un bon coup.

Marie Veyrier