CHRISTOPHE, LE VRAI.

Christophe a toujours su prendre les chemins de traverse et disparaître pour mieux ressusciter. Avec lui, il y a de l’éternité dans l’air.

L’été 66, malgré l’immense succès de son «Aline», il refuse de se produire à l’Olympia : cette scène prestigieuse lui semble prématurée, à lui qui ne fait que débuter. L’exigence, déjà.
Il prend alors la route, en roulotte, au sein du cirque Gruss, chantant sous le chapiteau avant chaque spectacle, tandis que le public qui l’a tant aimé, le cherche partout. C’était pour mieux revenir. En 1972, un Christophe majestueux surprend son monde avec «Les Paradis perdus» puis, deux ans plus tard, «Les Mots bleus» et, l’année suivante… l’Olympia. Un Christophe qui n’est plus de ce monde, justement, mais dans son monde. Un Christophe qui a pris ses distances avec la variété française pour se tourner vers un répertoire plus ample, entre opéra et rock, aux accents baroques et romantiques. La voix est plus haute, plus androgyne, plus cassée que jamais ; les musiques plus douloureusement belles que jamais ; les mots plus en «phrase» que jamais avec ce déphasé. Un extra-terrestre vient de tomber du ciel. 

Son dernier album «Paradis retrouvé», sorti il y a quinze jours, est à son image : un véritable ovni où des maquettes en yaourt (faux anglais mâchouillé) datant de 72 à 88 nous plongent dans sa propre galaxie. Malgré leurs titres provisoires, on reconnaît au passage des notes, des prémices de thèmes qui deviendront plus tard «Enzo», «L’Italie» ou «Les tabourets du bar». Exhumations sans âge. Frisson intact.

En 89, Christophe s’échappe à nouveau. Longues années d’absence qui entretiennent son mystère. Longues séances nocturnes à peaufiner, jusqu’en… 96, l’album «Bevilacqua» aux sophistications presque trop déconcertantes, suivi en 2001 de «Comme si la terre penchait», à nous faire trembler, et en 2002 d’un… deuxième Olympia, inespéré. Soirée inouïe où il va définitivement mettre Paris à genoux. Spectre lumineux, en chair et en os. En un demi-siècle, Christophe est passé du statut d'idole yé-yé à celui d'artiste culte. Et tout ça, par la simple volonté de ne se trahir jamais.

Maurice Achard


• En savoir plus sur Christophe et toute sa discographie 
• Acheter "Paradis retrouvé" sur la Fnac ou Amazon