FOLLE DINGUE

Je vivais encore à Athènes quand, le jour de mes quinze ans, ma meilleure amie eut la bonne idée de m'offrir ce fameux livre, «All American Ads 20's». Un bon choix, car elle connaissait mon engouement prononcé pour le «rétro».

Un ouvrage captivant, que j'avais posé sur ma table de chevet. Je ne pouvais qu'adorer ce recueil aux illustrations pleine page référant les publicités des années folles américaines. Les femmes émancipées, des franges, des sequins, une frénésie ambiante dressant l'âme d'une époque-phare ! Ces images montraient le reflet d'une ère, les désirs d'un peuple.

Tous les soirs, je feuilletais l'ouvrage avant de dormir, j'analysais ses pages de longues heures avec beaucoup de ferveur. C'était un véritable exercice de l'esprit auquel je m'attelais. Il me permettait de discerner des faits sociétaux et historiques de manière ludique. Moi je voyais cela comme une forme d'art révolutionnaire qui nécessite une créativité stratégique et un travail réfléchi alors qu'elles ne sont que réclames avides et cupides pour d'autres.
Dès lors, les piles de magazines se sont accumulées. J'ai cherché, acheté, prospecté toutes les revues susceptibles de m'intéresser : l'édition spéciale, le numéro du mois, l'exemplaire de collection... Lors d'une nuit d'insomnie, je pris tous les papiers qui me passaient par la main, j'en déchirai des pages, des mots, des bribes et je commençai à constituer mon mur de style, une fresque d'inspiration, qui n'a cessé de s'enrichir au fil du temps et qui, je ne le savais pas encore, allait être déterminante. Ma chambre devint mon atelier d'exploration et mes yeux assoiffés attisaient en moi une curiosité insatiable.

Petit à petit, j'ai développé un style vestimentaire et adopté certains goûts musicaux : coupe carrée, rouge à lèvres et richelieus. Parfait pour swinguer sur du Charleston ! Alors, pur hasard ou ascendant direct ? Y consacrer autant de temps et d'argent n'est pas chose anodine. J'ai réalisé que je couvais une pathologie incurable : la passion. Celle de la communication visuelle.
J'ai déménagé à Paris afin de mieux l'étudier, avant qu'elle ne devienne finalement mon domaine de prédilection. Ma profession.

Daniella Matoso d’après le témoignage d'Anna Z.