LA UNE ET L'AUTRE

Si c'était une revue de presse, ce serait la plus brève, la plus rapide, la plus synthétique, la plus parlante de toutes. En deux journaux les deux mêmes jours.

Premier journal. Le 2 avril dernier. La manchette du Parisien (gros titre en première page) lance : «Faites-nous rêver !» Ça se lit volontiers, c’est comme un appel d’air, un appel à respirer. Il s'agit du fameux match aller PSG-Barça mais le quotidien ajoute que c’est «bien plus qu'un match».
Le lendemain, à la même place, «Le Parisien» siffle la fin des illusions : «Le scandale qui éclabousse Hollande», suite aux aveux de Jérôme Cahuzac, portant ainsi un sale coup à l’ambiance générale.
Second journal. Toujours le 2 avril dernier. La manchette de Libération lance : «La poésie n'est plus digne de ce monde», reprenant une phrase de Michel Houellebecq interviewé à l'intérieur du numéro. Le lendemain, à la même place, en lettres géantes, Libé confirme : «Indigne», suite aux mêmes aveux.

Deux journaux de ligne éditoriale très différente ont donc, en deux jours, tiré des signaux d’alarme sur ce qui pouvait nous rester de rêve et de dignité. Par le simple fait des mots et du hasard.
Jeux de mots involontaires, pour une fois (la presse en est friande).
Et hasard qui a bon dos : cette déclaration de Houellebecq et cette supplique du Parisien en disent bien plus long qu'une simple coïncidence. Houellebecq poète visionnaire et le Parisien quotidien populaire se mettant à faire la paire, à jouer dans le même camp… Comme s’il y avait eu, ce 2 avril, urgence à ne pas désespérer complètement.
Accrochons-nous.

Maurice Achard