LEÇON DE CHIENS

Il est bien dommage qu’on résume souvent «la Belle et le Clochard» à la scène du spaghetti, aussi touchante soit-elle. Parce qu’elle ne dure au final que trois secondes montre en main ! Il y a tellement plus dans ce dessin animé… Déjà une audace dans l’approche, le parti pris étant de filmer la plupart du temps à hauteur de chiens. Plutôt original, même plaisant. Du coup, on vit tout comme eux. Une dimension inattendue qui rend l’histoire presque «réelle».

Mais dans ce grand classique, Disney nous offre avant tout une belle leçon de tolérance et de modernité, compte tenu du contexte de l’époque : l’acceptation des différences sociales et le franchissement de leurs barrières, mais aussi le rapport au couple basé sur le respect et l’égalité.
Pour servir ses thèmes de prédilection, il s’appuie sur deux caractères aussi marquants l’un que l’autre, le vagabond au grand cœur et la ravissante princesse des beaux quartiers. Malgré l’amour qui passera bien sûr par là, il n’est pas question que l’un d’eux renonce complètement à ses origines, mais que chacun fasse la moitié du chemin. Le clochard n’abandonnera pas ses idéaux d’indépendance, mais trouvera cependant son bonheur dans un certain confort et la domesticité. Quand à Lady, elle conservera ses manières de jeune fille bien éduquée, tout en prônant une certaine forme de liberté, celle-ci ne résidant pas à ses yeux dans le vagabondage au gré du vent, mais dans l’affirmation de son sexe. Elle est bien plus moderne dans ce sens que sa maîtresse. Car, en ce qui concerne «Jim chéri» et «Darling», ses maîtres, on baigne dans un «cucu-isme» attendrissant mais légèrement caricatural ; «Darling» tricote ou astique les casseroles, «Jim chéri» la gâte et la couve d’un regard protecteur et rempli d’amour… On se prélasse en pleine guimauve !

Le contraste avec Lady et son clochard est d’autant plus saisissant ! Mademoiselle, sous le charme de ce bel effronté, ne s’en laisse pas conter pour autant. Et même si elle minaude adorablement avec ses innombrables battements de cils délicats, c’est elle qui donne le ton. Disney, un homme qui avait bien compris la psychologie féminine ?

Stéphanie Norris

 

• Craquer en revoyant les 15 premières minutes 
• Acheter le dessin animé sur la Fnac ou Amazon