BORDEL ORGANISÉ

«Range ta chambre !». Ce premier commandement maternel vous rappelle-t-il des souvenirs ? Pour ma part, il a jalonné toute mon adolescence. Comment faire comprendre à ma mère, autrement que par une porte claquée à la face de son ingérence, qu’un esprit en pleine ébullition a besoin d’étaler au sol les matières premières de sa créativité ? À cette époque, vingt t-shirts, négligemment jetés sur la chaise du bureau, cohabitaient avec une pochette du 45 tours de «Je marche seul», quelques bouts de carton, des pelotes de laine, la mallette de gouaches, une paire de ciseaux, des attaches parisiennes… enfin tout ce qui pouvait servir à concrétiser les fantaisies nées de mon imagination débordante. Un bordel certes, mais un bordel organisé dans lequel je n’avais aucune peine à retrouver un feutre rouge dans la minute, quand ma mère cherchait encore sur quelle table elle avait bien pu laisser ses lunettes.

Puis, Michael Jackson débarqua dans ma vie. Mon organisation intérieure en fut bouleversée : je transformai alors une étagère de ma bibliothèque en un véritable autel dédié à mon idole. Rangées au cordeau, les cassettes audio et vidéo étaient classées dans un ordre ultra précis. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un jour, en rentrant du collège, une permutation suspecte !… Après enquête, maman m’avouait qu’elle regardait mes cassettes en cachette. Je tenais là ma vengeance et la priais instamment de bien vouloir remettre «correctement» à sa place ce qu’elle m’empruntait. Sans se démonter, elle m’invita à faire preuve d’une même ferveur pour mes chaussettes, arguant que mis à part pour Michael Jackson, je demeurais un cas désespéré. Sauf que, désormais, passion rimait avec organisation.

D’ailleurs, aujourd’hui, l’ex-bordélique non repentie a de quoi faire mentir le jugement parental. La créative que je suis s’est mise à son compte et force est de constater que cette petite entreprise est fort bien tenue. Dixit ma comptable «quelle organisation !» quand je lui confie mes dossiers, justificatifs et autres papiers triés, rangés, classés. Oui, les pochettes jaunes sont bien dans le classeur jaune et les moutons sont bien gardés. Comme quoi…

Sandrine Chaulet d'après une interview avec elle-même !