AU FOND DU SAC

Envie de savoir ce que les gens pensent physiquement de vous ? Il suffit de se rendre en parfumerie, d’acheter un produit et de regarder, en sortant, ce que la «conseillère» a glissé comme échantillons au fond du sac. Extrêmement révélateur. Souvent peu flatteur.

Il fut un temps où ces fameux échantillons étaient attachés à l’achat tout juste réalisé. Vous veniez de vous offrir un parfum ? On vous proposait d’essayer le lait pour le corps. Un rouge à lèvres ? On vous suggérait un nouveau fond de teint. Et si, éventuellement, la Parfumeuse estimait que vous deviez essayer un soin, elle ne mettait pas en avant votre teint terne mais plutôt le futur «éclat de votre peau» que vous alliez retrouver. On se sentait choyé(e).

Aujourd’hui, vous achetez toujours un parfum. Mais, sans autre explication, vous repartez avec un combleur de rides. Pour accompagner un nouveau rouge à lèvres, vous découvrez un amincissant «spécial zones rebelles». Pour une crème hydratante, vous voilà dotée d’un sérum «cheveux en détresse». Les hommes ne sont pas en reste. Puisqu’il existe désormais tout un éventail de produits qui leur sont dédiés, ils connaissent également cette perplexité de recevoir un échantillon pour un soin «anti-brillance» alors qu’ils étaient simplement venus acheter un baume après-rasage. Aïe !

Dans l’ère du marketing ciblé, quelle incroyable façon de ne pas gâter le client mais de le gâcher ! Plus de discours accompagnateur, plus d’échanges complices qui vous flattent en vous amenant à comprendre qu’il serait aussi peut-être judicieux d’adopter un nouveau produit. Non, juste cette impression d’avoir été observé sans s’en apercevoir. Puis d’avoir été observé par rapport à ses seules imperfections. Pire, d’avoir été regardé d’une façon qui pourrait faire naître de nouveaux complexes. Cela manque de tact et de délicatesse.

En même temps, les échantillons sont désormais essentiellement des concentrés de «Et si on mettait en avant les défauts», des «correcteurs» comme on dit. Pour quelques minutes de douceur dans un monde de brut, on repassera. Heureusement qu’il nous reste la beauté intérieure…

Marie Veyrier