LA DÉLICATESSE

Quoiqu’on en dise, on a toujours une âme d’enfant même si l’enveloppe corporelle a un peu changé… Il est donc bien réconfortant d’avoir entre les mains de temps en temps un conte de fées pour grands. Si vous faites partie des chanceux qui n’ont pas encore lu «la Délicatesse» de David Foenkinos, c’est ce que vous ressentirez. Une merveilleuse parenthèse poétique dans nos quotidiens pressés. Il faut cependant tout de suite dissocier le livre du film, raté malheureusement. Une fois cela établi vous pouvez vous plonger avec délectation dans l’histoire de Marcus et Nathalie, deux âmes a priori aux antipodes.

Elle est belle, il est insignifiant. C’est la boss, il est un subalterne lambda. Elle a tout pour elle, il n’a que sa foi en la bonté du monde. C’est dire s’il a beaucoup plus, mais ça ils ne le savent pas encore. En ce qui concerne Nathalie, comme dans tout bonheur parfait, le malheur arrive de manière brutale, absurde, irrémédiable. Et son monde s’effondre. Malgré la bienveillance des proches dont elle ne veut pas, malgré la terre qui continue à tourner. Marcus de son côté traverse l’existence avec un regard étonné et légèrement désabusé…

Formidable hymne à la seconde chance quand tout espoir a disparu sous le poids du chagrin, « la Délicatesse » est aussi une leçon qui bouscule nos vieux réflexes empreints de clichés et de jugements trop rapides. Et ça fait du bien. Car Marcus, encombré par son enveloppe de crapaud que le monde lui a affublée dès sa naissance, ne sait pas qu’il est un prince. Grâce à son personnage, ce livre vous fera flotter dans un univers délicieusement décalé, attachant, désancré de la réalité pragmatique et souvent contraignante, et comme Nathalie vous tomberez sous son charme. Si on vous dit en plus qu’il a un sens de l’humour imparable. Un petit aperçu de Marcus : «Comment s’habiller quand on dîne avec Nathalie ? Il voulait se mettre sur son 31. Ce nombre même était trop petit pour elle. Il aurait voulu au moins se mettre sur son 47, ou sur son 112, ou alors son 387.» La délicatesse, c’est lui.

Stéphanie Norris