FAUX PAS

Fouler le tapis rouge. Voilà une expression qui réveille les images les plus pailletées, les tenues les plus Couture, les talons les plus fins, les silhouettes les plus féeriques… Mais il suffit d’un rien pour que tout bascule. Il suffit d’un «se fouler sur le tapis rouge» pour que le spectacle change de registre. Une cheville qui se tord et les sourires, voire les rires, remplacent les regards pleins d’admiration.

Peu importe qu’il y ait douleur, c’est tellement drôle, n’est-ce pas ? Assez, en tout cas, pour passer en boucle les vidéos ou photos sur Internet, que la victime soit actrice, chanteuse, mannequin, femme politique… Assez pour que l’image inspire un sujet de pub, Orangina à l’appui. Et le pire revient alors à l’anonyme de la rue. Ici, pas de traitement de faveur : femmes et hommes sont visés. Et pas de quartier non plus : quel que soit l’endroit, on rigolera. Mieux, on jugera.

Cette jolie fille, élégamment perchée, la démarche légère, si agréable à regarder mais si difficile à égaler ou à aborder... D’un seul coup, la voilà tombant sur le sol. Et du piédestal sur lequel elle avait été mise. En un quart de seconde, elle devient la pimbêche qui «n’avait qu’a pas mettre des talons si elle ne savait pas marcher avec». Cet homme parfaitement équipé pour son jogging… Short en matière ultra tendance, petit étui design pour son lecteur MP3, casquette fashion et baskets dernier cri. Il court tout concentré à sa séance, sa détente. Et puis crac, l'entorse. Du semi-professionnel, il devient «en même temps, il se prenait pour qui avec sa panoplie ?».

Et d’en faire les risées. Bien sûr, voir quelqu’un glisser ou tomber est un déclencheur de rire. On n’y peut rien, c’est humain. Mais en temps normal, l’humain attend de savoir si l’autre s’est fait mal avant d’en rigoler. Il tend même une main pour l’aider à se relever ou s’inquiète de savoir s’il peut remarcher. Sauf que là, la tenue fait le moine et la victime devient un sujet de défoulement, de revanche. Et la chute fait plaisir car finalement, elle est avant tout figurée. Pas de doute, dans ce spectacle, personne n’a le beau rôle.

Marie Veyrier