DOLCE VITA À CONTRESENS

Parmi toutes les Palmes d’Or décernées depuis 65 ans, il y a les films cultes, les incompris, les impénétrables, les engagés, les «déjà oubliés»… Et puis il y a «la Dolce Vita» de Federico Fellini, récompensée en 1960.

Le nom sonne comme une jolie promesse. On revoit immédiatement cette scène dans la fontaine de Trevi. On voudrait s’y tremper comme l’actrice pour connaître cette délectation, cette sensation intense d’abandon. Puis, on entend les voix italiennes si chantantes, si légères… Enfin, on plonge dans cette atmosphère de robes du soir, de coiffures travaillées, de smoking dandy… On ferme les yeux. On aimerait y être… Vraiment ? Il est temps de rembobiner l’histoire. D’oublier la fontaine qui ne dure qu’une minute et de s’intéresser aux 165 autres. 

Le nom sonne comme une jolie promesse. Mais une promesse. Car cette Dolce Vita, les personnages la recherchent. Dans des journées qui durent trois heures et des nuits qui en font quarante. Dans des cafés où tout le monde se croise, se connaît, se suit mais sans être ensemble. Un désarroi lancinant chez les riches, les pauvres, les anonymes et les célébrités que les photographes reporters ne cesse de vouloir épingler. Parmi eux, un certain Paparazzo (l'origine de la fameuse appelation Paparazzi). Parfois la Dolce Vita est là, attendant d’être cueillie mais personne ne semble prêt.

C’est une quête, une balade étrange parce qu’elle est à la fois subjuguante et déstabilisante. Tout y est si beau et si triste. Si superficiel en apparence et si profond en vérité. Un mélange des genres parfaitement maîtrisé par le magistral Fellini. Mais cette performance ne s’arrête pas là. Ce film pourrait être rejoué dans des maisons ou cafés chics d’aujourd’hui par de nouveaux acteurs reprenant exactement les mêmes répliques, il serait totalement d’actualité. Pas une ride dans le scénario et l’ambiance. À défaut de Dolce Vita, ce film a un goût d’éternité.

Bianca Alberti

• Pour les curieux, découvrir l'atmosphère de la Dolce Vita
• Pour les inconditionnels, revoir la scène de la Fontaine de Trevi