ESPECE DE...

On les appelle les gros mots, comme s’il y en avait de petits… Un linguiste, Gilles Guilleron, en a répertorié 300 dans un petit dictionnaire qui vient de sortir. Trois cents jurons, insultes etc. Ça commence par abruti, ça finit par zonard. Autant de noms d’oiseaux, comme on les surnomme aussi, qui jouent souvent un rôle d'exutoire, libérant des tensions au point d'éviter d’en venir au poing… Et ils ne veulent pas forcément du mal à celui auquel ils s'adressent. Le mot con, par exemple, peut être affectueux. En revanche, il en existe qui blessent irrémédiablement. Passons. 

Il y a aussi le cas des mots non pas gros mais énormes, contenant trop d'interprétations, d'utilisations, d’insinuations possibles à eux seuls.
Ainsi le mot race, que certains voudraient voir disparaître de la Constitution, d'autres pas. Le débat donne des signes d'impatience. Il rôde à l’Assemblée Nationale. L'enjeu est de savoir si le terme est applicable à l'espèce humaine ou seulement animale. Dans des dictionnaires comme le Robert, on le trouve employé dans les deux cas. Et il figure dans la Convention européenne des droits de l'homme, dans la charte des Nations Unies. Ce qui ne prouve rien, évidemment, mais aidera sans doute à faire la part des choses.

Race, c'est comme con, ça n'est pas forcément négatif. C'est raciste qui l’est, le vrai gros mot. Le vrai gros con.

Maurice Achard