DANS LE FILET DE ROLAND-GARROS

Flashback ; quelque part entre fin mai et mi-juin, vous stressez à mort car vous êtes censé être en pleines révisions du bac ou des partiels. En fait vous êtes scotché devant Roland-Garros à la télé.

Soleil de plomb sur le Court Central, visages burinés, joueurs concentrés, pas un souffle d’air, une vraie ambiance d’été. Nelson Monfort, comme d’hab, a chopé un coup de soleil sur le nez : depuis votre petite enfance vous le retrouvez tel quel avec son polo Lacoste et son anglais niveau CP.

Les joueurs à l’époque, à part McEnroe, se montraient suffisamment disciplinés pour ne pas être trop bruyants, et vous laisser roupiller après le déjeuner dominical de votre maman. Vous vous laissiez alors bercer par le PING PANG réconfortant des balles, tel un métronome parfaitement réglé. Parfois vous jetiez un coup d’œil sur le juge arbitre perché, histoire de suivre le score, et vous étiez sûr à 100% qu’il n’allait pas vous faire l’affront de décaler le film du dimanche soir par des prolongations.

Mais c’était avant, dans un monde où les matchs duraient quatre heures max. Las, aujourd’hui, les caprices météorologiques lors du tournoi bouleversent systématiquement votre emploi du temps ; un match interrompu pendant deux heures et repris à 20H15 vous oblige à annuler la pendaison de crémaillère chez Gaby. Pire, la finale qui finira le lundi ; vous prétextez une intoxication alimentaire pour mater la fin du match le lendemain. Petit souci, vous êtes déjà trois à avoir donné cette excuse pathétique. Vous n’avez plus qu’à espérer que votre boss soit fan de Nadal.

En plus, de nos jours, les people ne viennent plus de peur d’exhiber leur teint de navet. Ils se sont carapatés plus tôt que prévu à St-Trop. Heureusement, il reste le spectacle fascinant du public dans les gradins, collectivement hypnotisé par la petite baballe jaune, tels des lapins pris dans les phares d’une voiture. On n’est pas mieux, bouche grande ouverte, totalement absorbé par ces échanges inimaginables, poussant des cris d’effroi, n’osant pas regarder l’écran tant la tension est à son comble. Mieux qu’un thriller au cinéma, c’est bien pour ça qu’on en redemande tous les ans !

Stéphanie Norris