IMAGINARIUM

Samuel Rousseau, artiste plasticien, nous raconte sa Junior Suite.

«Je ne l’ai jamais quittée ma chambre d’enfant. Jamais. Je fais toujours un parallèle entre ma chambre et mon atelier où je suis vraiment moi-même, avec tout un bazar. Dans une chambre de môme, on en fout partout parce qu’on a de l’imagination plein la tête, on explore tout, on invente tout avec rien. Comme avec les Lego, c’était génial. On faisait un bonhomme bleu ou jaune ou vert : un jour il était bandit, un jour il était gentil. Rien qu’avec des petits cubes, on recréait le monde. Aujourd’hui les fabricants ajoutent des accessoires, des ailes pour les avions, des panoplies pour les policiers, dommage – c’est du réalisme qui ferme l’imaginaire ! Dans mon travail je fais le contraire, j’épure les créations, moins il y a de détails et plus j’ouvre les portes à l’imaginaire et aux projections de chacun.

Avec mon frère plus jeune, on était dans la même chambre, on avait la même caisse à jouets. C’était stimulant, ça nous faisait progresser. Je me souviens d’un jeu où on devait fabriquer les chars les plus costauds parce qu’on s’attaquait en les jetant et quand l’un se cassait, on perdait : ça oblige à réfléchir à la façon de construire pour rendre sa réalisation la plus résistante possible (par exemple ne pas empiler les briques mais les placer en quinconce), c’est le début de l’ingénierie ! Je faisais aussi des lampes, je bidouillais avec des ampoules, des fils électriques, jusqu’à ce que je prenne une bonne châtaigne ! Aujourd’hui, je fais des œuvres vidéos…

Je continue à jouer, je recherche – je travaille du matin au soir. Si je ne m’amuse pas, je ne fais pas. Je n’ai jamais tué l’enfant qui est en moi. J’aurais pu assassiner mes rêves, j’aurais pu les abandonner (j’ai été Rmiste plus de sept ans), mais je n’aime pas surfer sur la misère ou les horreurs du monde. Je préfère montrer le merveilleux – comme un arbre dénudé, que son ombre habille… Il faut aller au bout de ses rêves. L’essentiel est qu’on ait les yeux qui brillent.»

Bruno Lancelot

• Pour en savoir plus sur ses œuvres qui pétillent de malice ou de finesse existentielle, un film documentaire.
• Samuel Rousseau sera présent à Parizone@dream le 1er et 2 juin prochain. Pour en savoir plus sur cet événement unique et ses animations