LES ÉPINES DU CŒUR

Sur l’écran noir, en fond sonore, des sifflements de concert puis une voix hésitante de confidence. On a déjà la gorge nouée. Plan suivant, un petit groupe devant la porte d’un garage qui s’ouvre sur un mur envahi de photos ex-voto, dont celle d’une fillette blonde, échevelée… Soudain le flash du photographe déclenche l’explosion de la musique et le lancement du générique, on exulte ! Ensuite des images majestueuses font se croiser lentement un avion et une berline, les habitacles de la star qui chute à la descente de la passerelle. Voilà le signe de son destin tragique. Voilà «The Rose» de Mark Rydell, film culte sur la génération rock and soul, droguée d’énergie et d’émotion, qui plonge chacun dans l’effervescence de la jeunesse avec ses défis à la vie, à la mort… Film poignant sur la fragilité d’un parcours intense – en souvenir de Janis Joplin mais un bel hommage pour Bette Midler, marquée à jamais par ce rôle dont elle module tous les éclats. 

Film de 1979, empreint de l’esthétique de cette époque, devenue rétro ou vintage : les capelines en feutrine, les transparences à fleurs, les cotonnades indiennes ou les futals pattes d’éph. Ne vous moquez pas de la coiffure afro, façon lionne aux bouclettes blondes, car comme toujours la star scintille sous les paillettes… et Bette Midler incarne de façon époustouflante cette Rose qui égratigne les faux-semblants et déclenche des situations cocasses et baroques – euphorisantes pour ceux qui se sentent à l’étroit dans leur quotidien. Difficile de rester insensible à cette bouffée de vitalité, cette insolence provocatrice, ces cris de rage électrisés par la musique. Impossible de ne pas être touché par la solitude permanente de l’idole, et ses appels désespérés, comme sous l’éclairage blafard de cette cabine téléphonique qui s’éloigne dans la nuit noire, vision digne de Hopper. Plus émouvant encore le dernier appel, sur scène, implorant. Alors on pleure. La musique attendrit les cœurs.

Et l’on reste fascinés par ces existences stoppées à 27 ans. On se souvient de Jim Morrison, Kurt Cobain ou plus récemment d’Amy Winehouse. Si le glas a sonné trop tôt, leurs musiques résonnent encore. Une rose ? Non un bouquet !

Bruno Lancelot

• Revoir des images du films, sentir son ambiance puis réécouter "The Rose", titre emblématique et poignant, tout ça en une seule vidéo de 5 minutes