CRADE ATTITUDE

D’un côté, des hommes qui prennent de plus en plus soin d’eux. De l’autre, des femmes qui prennent de moins en moins soin d’elles. Molière se serait régalé pour en faire une pièce de théâtre. Son titre aurait été «Les coquettes sales»*, directement inspiré du nom donné à ces jeunes filles propres en apparence mais pouacres en intérieur.

On les voit mais on ne voit rien puisqu’elles sortent toujours bien apprêtées : petite robe, talons, ongles vernis… Elles sont plutôt fashion et jolies. On remarque quand même bien ce mascara et ce fond de teint jamais très nets, ces habits avec cette odeur de mal séchés. Mais elles sont tellement «dans le coup» qu’on balaie toute idée de malpropreté. Puis un jour, sans vergogne ou sans conscience, elles nous invitent dans leur capharnaüm. Il n’est pas seulement question de vaisselle nauséabonde dans l’évier ou d’assiettes microbiennes à côté du lit. Mais d’un nouveau genre où hygiène et crasse cohabitent avec une certaine aisance. 

Parce qu’elles se lavent les «coquettes sales». Mais dans une baignoire ou un bac qui ne l’est jamais. Un nid à moisissures où les traces de savon accumulées depuis des mois collent au carrelage comme une huître à son rocher. Dans le lavabo, la céramique se distingue à peine des crachats de dentifrice. Sur l’étagère, les fards à paupières sont ouverts à la poussière et les poils de la brosse à dents sont jaunes défraîchis. Les savons trempent dans la flotte. Côté démaquillant, il n’y en a pas car ça ne se fait pas. Ou en cinq minutes sous la douche. 

Dans le salon, la table à manger garde les restes de plusieurs repas mais est à moitié recouverte de la serviette de bain propre en train de sécher. Ceci explique peut-être cela… On pourrait continuer longtemps comme ça mais le tableau est suffisant.

Qu’ont-elles à dire pour leur défense ? Rien. Puisque pour elles, il n’y a rien à défendre. Tout est normal ! Le paraître sous toutes ses formes serait-il en passe de devenir le point d’orgue de la société ? Nous ne faisons que commencer à en saisir la portée. 

Bianca Alberti

*ndlr : aucun lien avec la pièce « le Bal des coquettes sales » de Leïla Derradji et Brigitte Fontaine paru en 2011.