MICROSCOPIQUE

Mon secrétaire fermait et il m’arrivait de cacher la clé car il détenait mes trésors les plus précieux. En fait, il en contenait deux. Il pouvait donc être bouclé à double tour. D’abord lorsque je venais d’inscrire, dans mon journal intime, une confidence pour moi seule, qu’aucune personne, enfin je l’espère, n’a jamais lu.

Et puis pour mon microscope que nul ne devait toucher. Grâce à lui, je me suis livrée longtemps aux mêmes observations. Je découvrais au fond de cette chambre sous les toits, presque sous les étoiles, ce monde infiniment petit qui me fascinait, hors de portée.

Il m’avait été offert pour le noël de mes dix ans alors que je le regardais depuis des mois dans la vitrine du marchand, le nez presque collé. C’était une boutique pour les grands, je ne regardais plus les magasins de jouets.

Pour mes expériences, je faisais croupir de l’eau dans un petit verre et cultivais, ainsi, des paramécies. J’observais ces unicellulaires pendant des heures. Ils nageaient entre lame et lamelle précautionneusement fixées sous les pinces, éclairés sous l’objectif. Je n’entendais plus ma mère appeler pour le dîner. Si, par malheur, elle avait fait le ménage et détruit mon élevage de protozoaires, je recommençais sans rien dire.

Je ne sais pas ce qu’est devenu le secrétaire mais j’ai jeté mon journal au feu de la cheminée le jour de mon départ pour mon propre appartement. Le microscope, lui, m’a suivie partout. Aujourd’hui, il est posé là, dans la bibliothèque à côté de mon livre de biologie de la classe terminale. 

Je corrige les copies de mes étudiants en soins infirmiers face à lui… et je le regarde lorsque j’hésite ou doute de moi. 

Dominique Roosendans