LA RUE EXTRA-ORDENER

Le jour où tout a commencé, les passants regardaient avec un sourire amusé voire sceptique cet homme qui plantait des fleurs au pied d’un arbre de la rue Ordener à Paris. Deux mois plus tard, c’est une tout autre histoire. Les habitants applaudissent, heureux de ces minuscules jardins qui jalonnent leur chemin.

C’est parti d’une envie spontanée. Muriel, dans le commerce des fleurs, regarde l’arbre en face de sa boutique et les déchets qui jonchent le sol. Elle le nettoie, plante quelques graines mais tout cela passe inaperçu. Elle en parle à Olivier, un ami artiste. Ensemble, ils décident alors de planter des fleurs déjà écloses. Et pourquoi ne pas faire la même chose avec l’arbre d’à côté ? Et pourquoi ne pas recommencer la semaine suivante ? 

Peu après, des piétons s’arrêtent, regardent, discutent. On se lance dans des mini-potagers avec les enfants... Mignon et candide ? Loin de là ! Car «cultiver son jardin», contrairement à ce qu’en disait Voltaire, peut changer l’ordre des choses et créer un lien social. Cette action totalement gratuite a réveillé une communication qui va au-delà de la simple conversation. Les fleurs sont abîmées par un vélo malencontreusement garé ? On discute avec le propriétaire et l’on se rend compte qu’il n’a pas vraiment d’endroit pour l’attacher facilement. Alors on lui propose d’installer un anneau spécial sur un poteau en bois. Peu à peu, c’est l’espace public qui est revu pour essayer de répondre aux besoins de tous. Et sans outrepasser les règlements municipaux.

Aujourd’hui, il y a peu de détérioration, les gens se baissent même pour ramasser des mégots et entretenir ces petits lopins de terre. Un joli phénomène qui inspire d’autres quartiers. Bien sûr, cette initiative n’est pas la première du genre. Des mouvements comme le «Guerilla Gardenings» existent depuis bien plus longtemps. Mais ici, l’opération «Qui s’aime sème», comme l’ont baptisée ses créateurs, se veut totalement désengagée. Pas d’association, pas de discours bio, vert ou spirituel. Chacun a ses idées, les exprime et reste libre d’agir à sa façon. Et cela fonctionne magistralement. Quelle belle claque !

Marie Veyrier

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