LAISSER PISSER ?

Trouver des idées pour améliorer le quotidien, on ne demande que ça. Mais pas à n’importe quel prix. Pas à celui de l’absurdité. Ni celui d’une société qui se mette à tourner complètement à l’envers en transformant l’éducation en réflexe de Pavlov. En ligne de mire : les indicateurs d’humidité dans les couches pour enfant. Et le sujet est loin d’être futile.

Ils sont conçus pour alerter les parents ou «dresser» les enfants. Pour les premiers, il y a la languette qui passe d’une couleur à une autre… Pourquoi pas, si cela peut éviter de faire et défaire la couche inutilement afin de vérifier que tout va bien. Mais cela atteint des sommets avec, depuis peu, une application pour smartphone qui émet un signal sonore via Bluetooth lorsque la couche nécessite d’être changée. Véridique ! Sous prétexte d’éviter l’érythème fessier, certains parents y voient déjà l’opportunité d’éviter à avoir à tâter, renifler ou tout simplement se déplacer d’une pièce à une autre pour s’assurer que son enfant ne manque pas de confort. Affligeant !

Côté bas âge, il existe la couche avec de beaux dessins de héros Disney… dont les motifs s’effacent pour que l’enfant comprenne qu’il doit aller aux toilettes, pour lui «apprendre à faire la différence entre sec et mouillé». Il est beau le progrès ! Faire la différence entre sec et mouillé, cela ne consiste-t-il pas… à se sentir mouillé ? Apparemment, aujourd’hui l’apprentissage est visuel et non plus sensoriel. La vue à la place du toucher. Bientôt, pour «apprendre» à son enfant à parler, on lui fera sentir du papier? L’odorat à la place de l’ouïe ? À ce rythme, ce ne serait pas inimaginable. 

En même temps, on peut se douter que les industriels sont un peu mal. Il faut bien continuer à vendre ces couches tellement perfectionnées au fil du temps pour une absorption optimale. Difficile d’admettre  que cela puisse avoir des conséquences sur l’évolution normale des choses. Pour nous faire accepter n’importe quoi, les marketeux ne sont jamais «à sec».

Bianca Alberti