PARADIS AU SOUS-SOL

C’était ma chambre des vacances. Chez mes grands-parents. Enfin ma chambre : nous étions quatre à la partager ! Deux fois deux lits superposés dans une petite pièce pour accueillir ma sœur et mes cousins. Une colocation avant l’heure avec des règles bien à nous : pas beaucoup de place pour ranger les affaires alors le droit de les faire traîner partout, les lits jamais faits, la porte fermée pendant la nuit et la grasse mat’ obligatoire. Elle se situait dans le sous-sol aménagé de la villa. Pour y aller, il fallait passer soit par l’entrée indépendante sur le jardin, soit par un escalier intérieur qui ressemblait plus à une échelle et traverser une «arrière-cave». Les adultes ne venaient pas trop nous enquiquiner. C’était notre zone.

J’y ai vécu mes plus beaux étés. Petite, c’était mes premières frayeurs. Je me souviens de ce soir où, dans le noir, mon cousin nous a raconté «Shining». La moindre lumière qui filtrait à travers la fenêtre ou le moindre bruit d’un chat errant nous faisait sursauter. Plus personne n’osait aller faire pipi après. Pré-ado, c’était les posters de Prince et Madonna collés au mur, que mon grand-père venait arracher, scandalisé par les tenues de ces stars. Puis, c’était les heures à parler, avec ma sœur et ma cousine, de nos amoureux. On leur donnait des surnoms et on écrivait des mots sur les lattes des lits supérieurs pour se coucher en pensant à eux… Plus grande, c’était les prises de tête pour trouver la bonne tenue avant de sortir le soir, les odeurs de parfums qui se mélangeaient à celles de nos chaussures… 

Aujourd’hui, je n’y dors plus, ayant laissé la place aux plus jeunes. En revanche, je vais y faire un tour dès que je suis dans la maison. Mieux que n’importe quel pèlerinage pour retrouver un peu de légèreté et «repartir» de plus belle dans sa vie d’adulte. Les lits sont toujours là et les mots sur les planches aussi. Elles s’inscrivent comme des légendes que nos enfants ou petits cousins aiment qu’on leur «explique» pour rêver à leur tour. Lieu sacré pour passer le flambeau de l’insouciance.

B.A. d'après un témoignage d'Elise B.