ESPAGNE : CHALEUR HUMAINE

«Manger à l’heure espagnole». Preuve d’une nonchalance pour certains, synonyme de liberté pour d’autres. Et si, tout simplement, elle résumait un rapport au temps, voire un rapport aux gens, que nous ne savons plus apprécier ? Un rapport au temps et aux gens, qui existe certes dans d’autres pays méditerranéens, mais qui prend là tout son sens ?

Car elle est bien réelle, cette façon de vivre. Nos amis hispaniques passent à table environ deux heures plus tard que dans la plupart des autres pays du monde. Et plus on descend, plus le décalage est important. Pourquoi ? Parce qu’il fait trop chaud ? Pas faux. L’Espagne, par sa situation géographique, est particulièrement exposée au soleil. Mais elle n’est pas le seul pays à connaître des pics de températures où l’air ressemble à du feu. Ni le pire. Alors quoi? 

Alors «Manger à l’heure espagnole», c’est vivre. Cela dépasse la simple notion de se nourrir à des heures qui nous semblent étranges. C’est, par exemple, savoir s’arrêter entre 14h et 17h avant de retourner au travail. C’est apprécier un non-temps en se laissant guider par l’impromptu. C’est donner plus d’importance à l’instant présent qu’aux minutes qui passent. C’est avoir des journées allongées et non pas étriquées entre le boulot, les corvées et le dodo.

Plus que tout, c’est prendre le temps d’être avec ses proches. Se retrouver autour d’une table et échanger. Avoir une vie familiale et sociale qui ne passe pas après le reste, quand bien même la journée aura commencé à 8h30 pour finir à 21h (oui, en heures cumulées de travail, les Espagnols sont un tantinet au-dessus de nos 35h officielles). C’est être ensemble. Partager les tapas autour d’une conversation enjouée qui part dans tous les sens ou en se serrant les coudes en cas de difficulté. Être avec les potes quand les enfants ne sont pas loin. Les autres, ils ont ça dans le sang. 

Bien sûr, il y a un revers à tout ça : manque de ponctualité ou d’organisation. Mais comme aujourd’hui, rien ne prouve que rigueur ou minutie soient toujours les garants d’une certaine stabilité, on peut bien se laisser aller à profiter de ce qui nous entoure.

Marie Veyrier