GOD SAVE THE CLEAN

Lorsque le touriste saute avec enthousiasme dans l’Eurostar pour rendre visite à ses copains outre-Manche, ce n’est clairement pas pour visiter les banlieues moroses mais pour le Londres des cartes postales. Celui des grandes avenues aux belles maisons victoriennes, des squares verdoyants, des petites rues pavées aux mews si typiques. Celui où il croisera la cabine de téléphone rouge et rutilante, avec en bonus le «bobby» sérieux et droit comme un I à côté. Celui où il ira, à juste titre, s’encanailler dans les quartiers branchés de Soho et Notting Hill pour s’imprégner de cette fameuse touche d’excentricité so british. 
Mais voilà. Pour éviter que son mythe ne s’effondre, il faudra lui conseiller de faire l’aller et retour dans la journée du lundi ou du vendredi. Point. Car s’il ne peut faire autrement, il devra affronter la choquante réalité de cette capitale qui draine des millions de touristes chaque année : l’insalubrité. 

Il ne pourra hélas échapper aux montagnes d’ordures qui jonchent les trottoirs pendant des jours et ce depuis des années… Car aussi surprenant soit-il, l’organisation du ramassage des poubelles à Londres représente un réel problème pour ses habitants. Aucune benne à ordures ne leur est mise à disposition en attendant le passage bi-hebdomadaire des camions, y compris dans les quartiers les plus touristiques. Si l’on peut être admiratif du légendaire flegme britannique en certaines circonstances, on peut être assez sceptique face à leur passivité concernant ce sujet. Ultime ironie, le gouvernement en matière de tri est extrêmement pointilleux. Laissons les déchets paver le trottoir, certes, mais faisons-le avec élégance : les papiers et le plastique dans des sacs oranges, please, le reste dans des sacs noirs, thank you.

Le spectacle désolant de jeunes mamans slalomant avec leurs poussettes entre les monceaux d’immondices sur le chemin de l’école n’y change rien. Ni l’odeur pestilentielle en période estivale, ni l’invasion des rats qui devient un réel problème de santé publique. Le distingué professeur Stephen Battersby, spécialiste dans ce domaine, a d’ailleurs déclaré à ce sujet : «Il y a un rat par personne en Grande-Bretagne». Vous avez dit «chocking» ? 

Stéphanie Norris