Rayon X

Ça y est, le sexe est devenu normal en littérature.

La littérature pure, dite de qualité, celle des auteurs haut-de-gamme, a perdu sa virginité au fil des années. On ne s'embarrasse plus des prudes et interminables circonlocutions d’un Albert Cohen ou des silences entendus d'une Françoise Sagan. Désormais, on appelle un chat une chatte et la pudeur peut aller se rhabiller ! 

En cette rentrée littéraire, que ce soit du côté de chez Olivier Adam, de Florian Zeller ou de Philippe Djian, on voit bien que l'emploi direct du vocabulaire lié aux corps, aux ébats, aux fantasmes, voire aux scènes violentes, fait naturellement partie du verbe de l'écrivain. Même si le lecteur, attaché au ton de tels romanciers, peut se surprendre encore à en être surpris… 
Certes, la littérature érotique - voire  plus si affinités…- a toujours existé. Mais c'était une «spécialité», en quelque sorte, l'univers de prédilection des enfants de Sade, grands stylistes comme Bernard Noël ou Pierre Bourgeade, pour ne citer qu’eux. Aujourd'hui, les voilà «désappropriés», si l’on peut dire. Sauf qu’ils ont gagné la bataille contre la censure. Ce qui n'est pas rien.

Du coup, la machine libérée s’emballe, sans se soucier, elle, de la qualité de sa production. Ainsi, dans le cadre de cette même rentrée, sort ce 17 octobre la version française du  tome I d'une trilogie dite «porno pour mamans». Ça c'est déjà vendu à 40 millions d'exemplaires dans le monde et ce sont effectivement les femmes entre 30 et 50 ans qui sont les plus gourmandes de cette histoire entre une jeune vierge de 21 ans et un beau milliardaire adepte du sadomasochisme. Il s'appelle Grey, d'où le titre Cinquante nuances de Grey
Délicat, n'est-ce pas, à côté du roman de Zeller qui s'intitule carrément La jouissance… De quoi ne plus savoir à quel sein se vouer.

Maurice Achard