BLEU BLANC ROUGE !

Numéro 15 du 01/05 au 14/05/13

Ce 8 mai est l'un des jours de l’année où les bus déambulent avec un petit drapeau français accroché sur l’avant. Va-t-il être apprécié ? Lapidé ? Les temps sont durs. Pas comme le 12 juillet 1998 sur les Champs-Élysées. L’équipe de France vient de remporter la Coupe du Monde de football. Et c’est une explosion de drapeaux français qui colore toute l’avenue, comme une expression de fierté et de rassemblement autour d’une équipe à l’image de son pays : pluriculturelle.

Que s’est-il passé, depuis, pour que notre drapeau suscite tant de polémiques ou de honte et que certains refusent presque de l’arborer ? Certes, les valeurs républicaines dont il est le symbole ont été tellement récupérées ou dénaturées par les politiques qu’il est difficile de le regarder sans le rattacher à des discours excessifs de droite ou de gauche. 

Sauf qu’un drapeau, c’est aussi le porte-parole d’un état d’esprit. Comme dans ce tableau de Delacroix peint en 1858. Cette femme aux seins nus tenant haut la main notre étendard raconte notre liberté et notre affranchissement. Notre tendance à ne pas faire comme les autres et à le revendiquer. Notre côté obstiné, déterminé, autonome. Le drapeau français honore également notre identité culturelle : gastronomie, mode, architecture, art. Subtil mélange de terroir, de classicisme et de sophistication. Il est un feu d’artifice d’empreintes démocratiques, intellectuelles, humaines. Au final, beaucoup de choses derrière ces trois bandes «bleu blanc rouge» si simples. 

Le problème serait-il alors esthétique ? Vision superficielle. Mais à regarder ce que certains pays ont fait de ces mêmes trois couleurs… Avec ses cinquante étoiles, le drapeau américain rend hommage à ses États mais respire par ailleurs le glamour Sunset boulevard. Avec ses bandes asymétriques, le drapeau du Royaume-Uni évoque le rassemblement de l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande mais également le côté complètement rock’n’ roll de cette île. Et on aime. On les porte. Même en tee-shirt ! Doit-on donc faire appel à Jean-Paul Gaultier pour lui confier notre drapeau et voir ce qu’il lui inspire ? On serait alors capable au moins de l’assumer en robe, sac ou veste. Peut-être même en pantalon. Une petite révolution. Ça nous irait si bien…

Virginie Achard