LE PIC DE L'ÉLÉGANCE

Sur l'Élégance du hérisson de Muriel Barbery, tout a déjà été dit. Ou presque. 

Sorti en 2006, ce roman a alimenté de nombreuses critiques et conversations. Certains l’ont plébiscité, d’autres s’en sont exaspérés. Certains ont adoré, d’autres ont crié aux clichés. Certains ont été heureux du succès, d’autres auraient préféré qu’il n’absorbe pas la sortie de romans plus «littéraires». Bref, l'Élégance du hérisson a été plus que décortiqué.

Alors pourquoi en parler encore? Parce que 2 070 000 exemplaires plus tard, il s’inscrit forcément comme un best-seller, mais pas comme un best-seller de plus. Et c’est là que tout se joue. Car il faut entrer dans ce roman. Les cinquante premières pages ne nous ménagent pas, en témoigne ce passage au bout de quelques lignes : «Pour comprendre Marx et comprendre pourquoi il a tort, il faut lire l’Idéologie allemande. C’est le socle anthropologique à partir duquel se bâtiront toutes les exhortations à un monde nouveau et sur lequel est vissée une certitude maîtresse : les hommes qui se perdent de désirer, feraient bien de s’en tenir à leurs besoins.» Que l’on se rassure, une fois passé ce cap, on entre alors dans un vrai poème. 

En attendant, ce début en a découragé plus d’un. Mais pas 2 070 000 lecteurs… Alors on réalise qu’un best-seller avec ce niveau d’écriture est bien la preuve que tout est possible. L'Élégance du hérisson est une déclaration d’amour à l’intellect qu’elle éveille, aux lecteurs qu’elle réveille et à la culture en laquelle elle a foi. Est-ce tout ? Non. 

L'Élégance du hérisson a des retombées en cascade. Ce roman renforce, par exemple, un certain attrait pour Tolstoï, car il ne cesse d’y faire référence. Et mine de rien, on finit par feuilleter cet auteur russe chez le libraire et enchaîner Anna Karénine —si on ne l’a pas encore lu— à L'élégance du hérisson. On se réjouit de ne pas être passé à côté de ce grand classique et l’on se dit qu’il mérite lui aussi qu’on en reparle. En attendant, on peut remercier Muriel Barbery pour son audace et sa confiance en notre goût pour les mots. Et si l’élégance était là finalement ?

Bianca Alberti