EN VAIN

Fin de l’été, fin du rosé ? Presque. Puisque les derniers verres de la saison ont résisté jusqu’à la semaine dernière. Comme chaque année. Le rosé ne nous accompagne que de mai à octobre. Et à part quelques exceptions au coin d’un comptoir ou lors d’une occasion très spéciale, il n’arrive pas à aller plus loin.

Il faut dire que le rosé ne part pas avec les mêmes atouts que ses amis les rouges ou les blancs. Le rosé est un vin moins complexe. Le vin détente qui ne demande pas une connaissance particulière pour accompagner nos barbecues, nos pique-niques ou nos pauses en terrasse. Le vin plaisir, immédiat et accessible, mais à garder pour le soleil et la douceur. 

Deuxième handicap : si le rosé n’est pas le vin prise de tête, il est souvent considéré comme le vin «mal de crâne». Une réputation due à la présence de souffre dans certaines productions. Et si, aujourd’hui, beaucoup d’entre elles sont complètement naturelles, on le consomme encore avec a priori.

Du coup, le rosé ne lésine sur rien pour nous séduire. Il est prêt à toutes les transformations. Par exemple, il se fabrique très clair, quitte à revoir sa vinification. Simplement parce qu’ainsi, il est perçu comme étant de meilleure qualité. Un pur effet psychologique. Un pur effet de mode. Autre phénomène ? On le sert avec une tonne de glaçons dans le verre. On appelle ça une fontaine et c’est très hype. Le goût dans tout ça ? Peu importe. La preuve, on le propose également avec un fond de sirop de pamplemousse, un mélange qui se vend même tout prêt en grande surface. 

Et tous ces efforts paient. Depuis deux ans, le rosé connaît un succès auprès des VIP ou des clubbeurs qui rendrait le champagne ou autre alcool fort presque obsolète. Il se sert même en magnum en boîte de nuit. Du jamais vu. 

Sauf qu’avec tout ça, le rosé est en train de devenir une boisson. Pas un vin. Une boisson. Rafraîchissante qui plus est. Malgré de très bons cépages et de très bons crus, il va devoir affronter ce nouveau tournant. On peut parier que pour quelques hivers encore, il se boive toujours avec beaucoup de modération. 

M.V.