PLACE À L’IMPRÉVU !

Septembre ou le retour au train-train contraignant. Même si les habitudes sont rassurantes et que l’on apprécie de se retrouver chez soi, on aimerait tellement garder des occasions de surprise, d’insolite, voire d’imprévu (nous qui cherchons constamment à tout prévoir !) 

Ce que nous préférons dans le temps libre, ce n’est pas tant l’occasion de se distraire que la liberté de s’en remettre au hasard. Aller au hasard, c’est tenter l’aventure. Il n’y a qu’à voir les vacanciers qui ne partent pas mais qui se réjouissent de déambuler dans leur ville devenue étrangère. Car rien n’est plus stimulant que d’être dérouté de la routine.

En effet, qui n’a jamais ressenti, par exemple, une forte émotion en retrouvant par hasard, au cours d’un trajet, la personne avec laquelle on vit mais que l’on ne détache plus de son cadre familier ? Qui n’a jamais constaté que, malgré la quantité de DVD à disposition près de la télé, on préfère revoir les films tant aimés lorsqu’ils sont rediffusés au hasard d’une programmation officielle ? Le plaisir inattendu est plus fort que le désir accessible. Telle est la nature humaine qui aspire toujours à une autre dimension. Au-delà de la Quatrième ?

Le hasard fait bien les choses dit-on lorsque la chance nous sourit ou que nous sommes satisfaits de ce qui nous arrive. Un «pur hasard» est une coïncidence heureuse, bienvenue. «À tout hasard» est une tentative, un risque mesuré. Hélas, de plus en plus, l’inquiétude (à défaut de prudence nécessaire à la sécurité) conduit à «ne rien laisser au hasard» et des scientifiques tentent de le faire disparaître par de savants calculs sur le prévisible.

Seulement le hasard se joue de tout. Ce mot vient de l’arabe «az-zahr» qui signifie «le dé», instrument des joueurs. Or dans l’existence mieux vaut que les jeux ne soient pas faits, sinon rien ne va plus. Et comme le disait Carl von Clausewitz, officier prussien : «Les plans militaires qui ne laissent pas de place à l’imprévu peuvent mener au désastre.» 
Donc soyons raisonnables… et préparons-nous à nous laisser surprendre !

Bruno Lancelot