FAUSSAIRES DE L’INFO

On connaissait Photoshop pour retoucher les photos de mannequins ou de célébrités et nourrir l’impression d’une beauté parfaite. On sait que les informations, en cas de dictature ou de guerre, sont erronées pour mieux imposer une propagande.
Mais on n’imaginait pas qu’en France, en 2013, à l’heure où tout le monde prône la liberté d’expression ou d’information, les photos utilisées pour illustrer l’actualité seraient de plus en plus souvent des impostures. Un phénomène qui fait peur car même si l’on ne désire pas lire l’article qui en est à l’origine, on aura imprimé, malgré soi, le message envoyé par l’image.

Récemment, deux événements en ont encore fait l’expérience. Lors d’une manifestation pour «le Mariage pour tous», le slogan d’une banderole avait été changé avant d’être diffusé sur Internet et se répandre comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Monnaie courante. Bien évidemment, le message transformé portait à polémique, accentuant encore plus les tensions entre les pros et les antis. Lors des émeutes à Trappes en juillet dernier, une photo datant de 2005 et concernant les agressions de Clichy-sous-Bois, faisait office d’illustration sur le web. Là où l'on peut s’inquiéter, c’est lorsque, même le site de TF1 News, l’espace de plusieurs minutes suffisantes pour créer l’amalgame, l'a publié. Ou lorsque sur France 2, au cours d’un journal télévisé, est diffusé un reportage montrant une image de bus brûlés, datant elle aussi de 2005. Des «erreurs» renforçant une violence déjà conséquente. Et tout cela pris pour argent comptant d’un seul coup d’œil. 

Peu importe le sujet, le parti, les idées. Tout le monde est concerné. Tout le monde peut manipuler ou se faire manipuler. Ce qui est grave est que de tels trafics puissent désormais s’infiltrer dans nos canaux d’informations. Pire, que certains journalistes, de plus en plus acculés à donner du buzz, n’aient pas le temps ou les moyens de vérifier la source. Le b.a.-ba de cette profession qui cherche, avant tout, à dire la vérité, même si cette vérité souffre toujours d’une objectivité révisée selon les opinions de chacun. Aujourd’hui, on franchit les portes du mensonge. Un mensonge qui ne fait qu’accentuer la haine et l’ignorance. 

On s’offusque de la rétention d’informations dans certains pays? Il faudrait très vite que nous balayions devant notre porte.

Marie Veyrier