DES SÉRIES À LA CHAÎNE

Cet été a donc été celui des faits à répétition. Celle des catastrophes ferroviaires, des noyades, des drames en montagne.
Chaque fois, on a parlé de loi des séries, ou bien de série noire. Loi des séries votée par qui ? Le sort. Bon. 

En vertu de quoi ? D’une vieille tradition qui veut que le hasard se déchaîne de temps à autre, tel un ciel en colère, en frappant plusieurs coups à la suite, sans préméditation et en toute impunité… Bien.
Allons un peu plus loin, du côté de l'inconscient. Oui, de l'inconscient : et si le premier événement influait sur le suivant, même dans des circonstances qui n'ont rien à voir ? Le conducteur du train de Brétigny n'est pas responsable de ce qui s'est passé tandis que le conducteur espagnol est entièrement coupable.

Mais alors, à quoi a-t-il joué, lui, en roulant excessivement vite à l'approche du sévère virage qui précède la gare de Saint-Jacques de Compostelle, téléphone à l'oreille ? Ne s'est-il pas trouvé, sans s'en rendre compte, dans la situation de celui qui, déstabilisé par ce qui est arrivé trois jours auparavant, s’est laissé attirer, aspirer, par la même casse ? Déclarant, juste après : «J'espère qu'il n'y aura pas de morts».
Même chose, d'une certaine façon, chez le baigneur ou l'alpiniste. Même trouble, soudain, même doutes, indicibles, dans l'esprit, après avoir appris le pire au moment du départ. Et même désarroi en embuscade, vis-à-vis du «ça n'arrive qu'aux autres». Ces autres dont c'est toujours la faute.
Ces autres qui ne sont pas seulement l'enfer mais d'où vient l'enfer. 

Maurice Achard