«ANNA», PREMIÈRE

Comment la définir, au juste, cette «Anna» qui, en janvier 1967, sema la zizanie parmi les critiques de télévision et des téléspectateurs? Une comédie musicale, certes. Ou plutôt un film chanté. On disait aussi, à l'époque, une dramatique. Aujourd'hui, on emploie le terme téléfilm. Sauf qu'il pourrait s'agir tout autant d'un long-métrage issu du cinéma. 
Et ce n'est pas tout. «Anna» est le mélange sulfureux de diverses influences de l'époque : le ton libre et romantique de la Nouvelle Vague, incarnée par Anna Karina et Jean-Claude Brialy, l'idéalisation de l'amour en ces temps hippies, thème principal, et le son très «anglais» de la musique de Serge Gainsbourg.
Sa diffusion fut un événement qui fissura la télévision de papa sous emprise gaullienne. La jeunesse 67 s'en empara dès le lendemain grâce à la sortie simultanée de la bande-son en 33 tours. Un disque qui, là aussi, innovait, enchaînant parfois chansons (également de Gainsbourg) et bouts de dialogues (signés Jean-Loup Dabadie), ce qui permettait de se revoir le film dans la tête.

Et pourtant… Bizarrement, le nom du réalisateur –Pierre Koralnik– est quasi inconnu. Et qui sait que «Sous le soleil exactement» vient de là, vient de cette bande-son? C'est même ce titre, chanté par Anna Karina, qui ouvre le bal…
Tube plus célèbre que le film qui n'est jamais sorti en VHS, qui est passé inaperçu en DVD comme en CD remasterisé.

Remise au goût du jour à partir de ce 5 septembre au théâtre du Rond-Point, la comédie musicale «Anna», avec Cécile de France dans le rôle-titre, sera-t-elle une occasion de remettre l'originale sous son soleil exactement?

M.A.

• Découvrir un extrait du film 
• Écouter un extrait de Rien Rien J'Disais Ca Comme Ca de Serge Gainsbourg