LA LUTTE CONTINUE !

Bravo elle a gagné, la lutte ! Pourtant cette discipline a bien failli disparaître des Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo, elle qui fut reconnue depuis les premiers Jeux de l’Antiquité, en 708 avant notre ère, et qui fut officialisée en 1896, dès la création des Jeux Olympiques modernes ! 

Évidemment ce sport amateur n’est pas follement médiatisé, il ne joue pas sur les records à battre et il n’entretient pas le suspense, depuis que son temps de démonstration est devenu très bref (trois manches de 2 minutes). Il faut dire qu’il y avait eu des excès, comme en 1912 à Stockholm, en demi-finale un match de 11h40, en extérieur, sous le soleil, et seulement entrecoupé de courtes pauses pour boire toutes les demi-heures, au point que le vainqueur, l’Estonien Martin Klein, épuisé, n’avait pu se présenter à la finale le lendemain… 

Pas très cotée et pourtant pratiquée dans 180 pays, par 55 millions d’adeptes, surtout en Russie et Europe de l’Est, ainsi qu’en Iran et Turquie, la lutte est même le sport national en Mongolie. Aux Etats-Unis, elle fut l’un des premiers sports universitaires, donc proposé aux élites. En France peu de clubs – contrairement au judo qui occupe tous les tapis et ramasse la mise des subventions. Sport modeste, la lutte ne nécessite aucun matériel ni accessoire, juste un vêtement près du corps, elle est accessible à tous, dès l’école.

Plus fair-play que le judo, la lutte est un sport de préhension qui interdit les prises douloureuses. Son but est de plaquer les deux omoplates de l’adversaire au sol durant 2 secondes, c’est «le tombé» – sinon les points sont comptés selon les prises. Elle se décline en trois versions. La lutte gréco-romaine «à mains plates», initiée en 1848 par Jean Exbroyat, un grognard de Napoléon, n’autorise pas de prises au-dessous de la ceinture. La lutte libre, jadis attraction des fêtes foraines, permet des prises plus diverses. Enfin la lutte féminine est née dans les années 1980.

La lutte symbolise une pratique de vie et de survie aussi vieille que l’humanité. Alors en période de crises et de coups durs, plus que jamais, suivons l’admirable code d’honneur de la lutte moderne : ne jamais faire mal.

Bruno Lancelot

• Pour comprendre la philosophie de la lutte