C'EST QUOI CES QUESTIONS ?

Mettre fin aux idées reçues concernant la génération «Y», on ne demande que ça. Mais encore faut-il savoir choisir les mots, les présenter dans le bon ordre, et chercher plus loin que le bout de son nez.
Nous accusons l'enquête lancée par France Télévisions «Génération quoi ?» sur les 18-34 ans. L'internaute est invité à répondre à 143 questions sur la politique, la religion, la sexualité, le bonheur…

Dès le début, quelque chose dérange. On tique sur «T'es-tu déjà saoulé avec tes parents?». Pourquoi pas «As-tu déjà bu avec tes parents?» ou même «Avez-vous…», car vouvoyer n'est pas proscrit en dessous de 25 ans. On est déjà dans les extrêmes. Plus loin, celle-ci, plus vicieuse : «Pourrais-tu être heureuse sans croire en Dieu?». Croire en Dieu serait un principe acté? 
Autre problème, celui de la compréhension. «Pourrais-tu être heureux sans contraceptif?». Serions-nous heureux s'il n'y avait pas le SIDA? Alors, oui. Si les moyens de contraception sont un frein à notre bonheur? Alors non, ils sont sources de liberté. Mais pourquoi poser la question? S’agit-il de revenir en arrière? 

«En période de fort chômage, les emplois devraient être réservés aux hommes». Là, ce n'est pas la syntaxe mais bien la question qui tracasse. En admettant qu’il soit intéressant de la poser, on ne peut pas y répondre par un simple oui ou non. Tout comme «En cas de guerre serais-tu prêt à te battre pour ton pays». Dans quel cadre? Une intervention en Syrie ou une attaque sur le sol? Si une majorité répond oui, va-t-on en conclure que les jeunes sont trop nationalistes? Si c’est une majorité de non, qu’ils sont inconscients? Peut-on réellement interpréter ces choix sans explication? Ces questions fermées permettent-elles vraiment de dresser le portrait d'une génération qui s'estime déjà victime de généralités? «Dans la vie, soit tu baises, soit tu te fais baiser». En parlant d'idées reçues. Arrêtons avec cette image du jeune vulgaire et négligé à qui il faut s'adresser «avec ses mots» pour qu'il comprenne. 

«Il y a trop de vieux : d'accord/pas d'accord». Vous voulez parler de mes grands-parents? Mes parents? A ce stade, les jeunes ont laissé leurs illusions loin dernière eux. Cette enquête a le don de laisser pantois. Et avec toutes ces ambiguïtés, comment va-t-elle être interprétée? De façon à donner raison à des préjugés coriaces… Ou ne rien apprendre sur rien? Ce qui est sûr, c’est qu’on n’aura pas appris à leur laisser la parole. 

Chloé Danglard

• Qu’est-ce que la Génération Y