DERNIÈRE NUIT AMÉRICAINE

«American graffiti» est un film qu'il faut considérer à partir de deux dates.

1962. L’année où se déroule l’action. Quatre copains californiens passent une dernière nuit ensemble avant de partir, le lendemain, pour certains, étudier à l'université. Ils se lâchent une ultime fois, encouragés, accompagnés, par le délirant animateur FM de la station locale, Wolfman Jack qui sert aussi de passeur de messages. Au volant de superbes voitures chromées, ils se défient en s'interpellant bruyamment, draguent, boivent, dansent, pleurent aussi, et vont bien sûr chahuter les flics encore un coup. Le tout emballé dans une omniprésence musicale à base de rock 'n' roll des années 50, leur rock 'n' roll, celui qui résonnera à jamais dans leur tête. De Bill Haley aux Platters avec «Only you»… en passant par Buddy Holly. Les Beatles n'allaient pas tarder à arriver, tout comme les Rolling Stones. Une nouvelle génération allait prendre la relève.

1973. L'année de la sortie d’«American Graffiti» signé par George Lucas. Il salue sa jeunesse en la restituant impeccablement, tout en ouvrant une boîte à souvenirs qui ne va pas être pour rien dans la mode «rétro» apparaissant  au même moment. Lucas, lui, tourne une page et tandis que le rock s'intellectualise, se politise dans la foulée de Mai 68, il s'apprête à se lancer dans l'incroyable aventure de «la Guerre des étoiles», comme s'il avait compris, tel un visionnaire, que la révolution ne serait pas idéologique mais technologique.

«American Graffiti» est donc un film charnière, un film essentiel, qui en dit long sur l'insouciance du rêve américain, sur l'insouciance joyeuse d'un rock 'n' roll qui n'a rien à voir avec le rock existentiel et anxiogène qui lui a succédé. «American Graffiti» ne pouvait être vu avec ses yeux-là, à l'époque. Seul Lucas connaissait la suite du film, savait que the dream is ailleurs.

Maurice Achard

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