MUSCAT PAX

La cueillette ou les vendanges ? Sur la table ou en tonneau ? 
Chaque automne, le raisin fait l’actualité de la saison. 
Malheureusement, en septembre, l’actualité est aussi souvent celle des attentats terroristes. 
Dans ce climat violent et intolérable que nous connaissons encore cette année, le choix du raisin muscat semblait pacifiquement correct. 

Car Blanc ou noir, le raisin muscat n’est pas raciste. Qu’il soit jaune pâle ou bleu noir, il offre à tous son goût sucré légèrement musqué, d’où son appellation. Plus étonnant, le muscat symbolise la renaissance après la mort dans le poème de Louis Aragon, «La Rose et le Réséda», hommage aux résistants tués durant la Seconde Guerre mondiale :
« Et leur sang rouge ruisselle […] 
Il coule, il coule il se mêle
A la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat». 

Alors laissons grimper les vignes et leurs feuilles aux couleurs changeantes, comme l’écrivain Colette dans sa demeure de Saint-Tropez, la «Treille muscate». Car vigoureuse, cette vigne est simple à planter et même à palisser contre un mur – voire un balcon !

On appelle muscat d’Alexandrie le raisin blanc à grains charnus (plus connu en raisins secs) et muscat de Hambourg le noir, très cultivé en France et en Grèce, mais aussi en Roumanie. Dans la région du Vaucluse, «le muscat du Ventoux» très savoureux et très réputé, est le nec(tar) plus ultra. Les vignerons sont fiers de faire visiter leurs vignobles, comme lors des promenades en calèche cet été. 

Raisin sur le gâteau, la production viticole du muscat est surtout utilisée pour des vins doux, bien appréciés en apéritifs, comme le frontignan dans sa bouteille torsadée (selon la légende disant qu’Héraclès trop assoiffé l’aurait tordue), ou le Moscatel en Espagne, le Moscato en Sicile…

L’arôme «muscaté» provient de substances naturelles dont on retrouve les molécules utilisées en parfumerie. Et même en confiserie, puisqu’une marque japonaise de bonbons légers, ultra-kawaï, y a introduit le goût «raisin Muscat».
Preuve que ce fruit généreux – dont on ne compte pas les grains – adoucit le monde.

Elido