FLUO RESCENT

J’ai vécu le meilleur et le pire du fluo. J’ai vécu le fluo des années 80. Le meilleur parce qu’explosif, incontrôlable, jouissif. Le pire parce qu’en regardant les photos, je me vois en maillot de bain orange vif, avec des boucles d’oreilles rondes jaune pétard, le tout couronné du foulard transparent rose flashy sur la tête. Un cocktail éclatant presque aveuglant. En tout cas, très mal contrôlé ! Des photos qu’on aimerait cacher mais qu’on ne peut s’empêcher de regarder avec le sourire. Pas seulement pour le côté comique mais aussi pour ce qu’elles évoquent : l’insouciance et la transgression. 

Parce qu’on était ridicule mais ce n’était pas grave. On subissait les regards moqueurs et l’incompréhension de l’entourage mais ce n’était pas grave. C’était certes à la mode mais une mode plus compliquée et loin d’être absorbée par tout le monde. Mais ce n’était pas grave. On rempilait. On assumait. Ça débordait même des armoires. C’était notre petite révolution à nous. 

Bien sûr, ça n’a pas duré éternellement. Comme pour tout, il y a eu l’effet inverse. D’un seul coup, le fluo est devenu le signe d’un manque de maturité. Il fallait paraître grand, sérieux. Plus adulte. Alors on range tout et on le remplace par le noir.

Mais on n’oublie pas le fluo comme ça. On ne le quitte pas non plus comme ça. Il finit par revenir discrètement. Par envie d’évasion. Le fluo reste pour moi un symbole de liberté. Je le porte autrement : en petite touche sur un vêtement, à travers un bijou, au détour d’un carnet. Mais tout le temps. Comme un remède contre le trop sage. Il m’envoie le message d’une folie assumée, me rappelle de quoi je suis capable.

Et surtout, il me met de bonne humeur. Ici, pas de «vert de rage», de «rouge de honte» ou de «blanc comme un linge». Juste une histoire de «radiations lumineuses». C’est même le dictionnaire qui le dit… Merci les années 80.

B.A.  D’après le témoignage de Sandrine R.