LE DROIT DE MENTIR

On ne peut plus les ignorer. D'un côté, des sites de rencontres extra conjugales, de l'autre, ceux qui fournissent des faux alibis. Leur fonds de commerce : le mensonge.

L'un ne fonctionnerait d'ailleurs presque pas sans l'autre. Mais contrairement aux idées reçues, ces agences ne s'adressent pas qu'aux adeptes de l’adultère. Ce sont elles-mêmes qui le disent : elles sont là pour vous sauver de toutes les situations personnelles embarrassantes - de la déprogrammation de vacances avec tante Suzanne à un simple rendez-vous manqué.

Si certaines s’engagent seulement à vous aider dans l'élaboration d'un scénario, d'autres, sans scrupules, vont jusqu'à fournir des faux documents. Tout est possible : invitations, notes de restaurant, tickets de parking mais aussi convocations à des séminaires imaginaires, billets d'avion virtuels, ou pire, relevés téléphoniques et bancaires astucieusement retouchés par des graphistes chevronnés...

A la limite de la légalité ? Si ce genre de pratique paraît douteuse, ces sociétés se protègent de la loi avec des conditions d'utilisation strictes : le client doit certifier que les documents demandés sont destinés à un usage strictement personnel.

Parfait ! Pas à s’inquiéter donc. En partant du principe que le Français soit parfaitement discipliné et n'utilise effectivement ces faux qu'à des fins personnelles, aucun danger ? Classés dans un dossier pour aller jusqu’au bout du mensonge, ne risquent-ils pas de ressurgir quelques années plus tard et créer des situations plus graves ?

Mais le plus abject n’est pas là. Que ce genre d’activité puisse exister en dit long sur ce que nous sommes capables de faire et le devenir des relations humaines. Payer sans vergogne pour duper l’autre… Ou l’utiliser pour arranger ses petites affaires ! Certaines applications smartphone permettent de simuler un appel d'un de vos contacts sans qu'il soit au courant. Ce qui amène donc à utiliser sa famille, ses amis à leur insu, élargissant ainsi le cercle de la trahison. 

Faux et usage de faux ne concerne plus les papiers. Il concerne désormais les gens. Bientôt, à table, on se demandera qui a trahi, trompé, menti ou s’est servi de vous pour le faire. «Judas» fait bien de s’écrire avec un «s». 

Chloé Danglard