L’AVANT-GARDE D’AVANT

71 ans.
Avec la disparition de Lou Reed, c'est la résurrection de l'avant-garde new-yorkaise que l'on a célébré, dans les mémoires. Celle de son groupe, le Velvet Underground, né au milieu des années 60. Rock extrême, sombre, concerts happening, provocations, alcool, drogue, avec la complicité d’Andy Warhol. 

Avant-garde… Dans les jours qui ont suivi ce décès, le terme est curieusement apparu, s'est infiltré, dans les hommages que l'on était en train de rendre pour le cinquantenaire de la mort d'Édith Piaf et de Jean Cocteau. Soudain, on a vu de l'avant-garde partout.
Piaf ? N’a-t-elle pas inventé le «people» en France en contrôlant elle-même la circulation des rumeurs la concernant, confirmant les vraies, alimentant les fausses ? Et n'a-t-elle pas conçu le premier «dossier de presse» en faisant précéder sa première venue aux États-Unis d'une documentation complète destinée au New York Times, sidéré ?
Cocteau ? Artiste multimédia en avance sur son temps... Traité de touche-à-tout par ceux qui ne l’aimaient pas, n'a-t-il pas été tout à la fois écrivain-poète-dramaturge-dessinateur-cinéaste?
Avant-gardiste aussi aurait été Luis Mariano en ouvrant la porte de l’art lyrique à des chansons comme «Besame mucho» ou «Volare». Dixit Vincent Niclo qui lui dédie un CD tout entier.

Lou Reed avait le même âge que Paul McCartney qui vient de sortir un nouvel album aux mélodies frappées de la marque de fabrique que l'on sait.
Les Beatles n’ont jamais été considérés comme d'avant-garde, mises à part quelques exhibitions sans lendemain de Lennon et Yoko Ono. Peut-être parce que l'avant-garde, vu d'hier, c'est avant, alors que «Yesterday» c’est toujours maintenant.

Maurice Achard