OBSESSION ENFANTINE

Petite, j’adorais ranger ma chambre. Cela peut paraître surprenant pour un enfant. Et pourtant, c’était ma passion. 

Elle a commencé le jour où j’ai renversé ma boîte de toutes petites perles sur mon épaisse moquette bleu nuit. À l’origine, tout y était en désordre : les couleurs étaient complètement mélangées, les formes également et je ne vous parle pas des différents fils complètement entremêlés ! Alors j’ai commencé à les ramasser. D’abord à la main, puis avec une aiguille… Je me suis mise à les classer minutieusement dans chaque petite case. Hélas, il n’y avait pas assez de compartiments pour séparer toutes les nuances. Du coup, je suis allée jusqu’à récupérer les boîtes de cachous vides que mangeait mon papa, sur lesquelles je collais une étiquette au nom de chaque teinte… 

Tout remettre en ordre, tel était donc devenu mon but et j’étais sur le point de l’atteindre… avant que la boîte ne se renverse à nouveau ! Étrangement, je ne me suis pas fait prier pour reprendre mon œuvre, du début évidemment. En fait, je dois avouer qu’exécuter cette tâche me détendait. Et oui, ranger ces petites rocailles une par une me permettait de me sentir bien parce que j’étais une personne plutôt solitaire qui aimait s’occuper seule. L’excuse était toute trouvée ! 
Surtout qu’une fois cette fastidieuse besogne achevée je me suis sentie fière. Cette sensation, je tenais à la  ressentir à nouveau, alors, je me suis mise à tout ordonner. Mais vraiment tout. Des livres classés par tailles en passant par les coffrets de crayons de couleurs parfaitement organisés jusqu’aux piles de vêtements dignes de celles des plus grands magasins, rien n’a été épargné. Même mes petites culottes y sont passées !

Aujourd’hui, cette dévotion pour le rangement se ressent dans tout mon intérieur. Tellement, que c’est parfois dérangeant pour les personnes qui vivent avec moi. Pour preuve, mes quatre coussins sont si bien disposés sur mon canapé que mes colocataires osent à peine s’affaler dessus. De la passion à l’obsession il n’y a qu’un pas, à nous de rester du bon côté de la ligne. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, telle est ma devise !

Mégane Seure d'après le témoignage de Nathalie P.